L'Australie

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Australie - Melbourne
de David Clément, le 24-12-2008

L'Australie

Asie bouillonnante je vous salue

L’aéroport de Dili ressemble plus à celui d’Ecuvillens qu’à un aéroport international, mais cela a du bon, je peux, depuis le tarmac, regarder la bonne mise en soute de ma petite Bouquette: “ Attention les gars, n’appuyez pas sur le dérailleur!”. Quel soulagement d’avoir trouvé un moyen pour quitter l’Asie du Sud-Est ! C’est que j’étais loin d’être rassuré il y a encore quelques jours, les informations sont tellement incertaines ici et le doute plane sur tout. Un souci de moins à présent, j’ai fait mes adieux au continent asiatique qui m’a accueilli durant deux longues années mémorables. Le temps est venu de changer de monde, l’Australie est en ligne de mire.  

Un nouveau monde

Géographiquement, Dili est à moins de deux heures d’avion de Darwin, la ville capitale des Territoires du Nord. Etonnement, les douaniers décontractés n’ont pas trop pinaillé avec la propreté de Bouquette, car ici on ne badine pas avec les règles de quarantaine. Dès le débarquement, inutile de vous parler du choc culturel que je me ramasse à la figure. Tout est super propre, les routes en bon état, des panneaux d’indication routière partout, je n’y étais vraiment plus habitué. Arrivé à Darwin, je prends un peu la température des lieux, me balade dans le centre, rencontre mes premiers aborigènes faisant des peintures à même le sol, beaucoup de jeunes qui font la fête déambulant à pieds nus, vêtus que d’un seul short, dans les rues aseptisées du centre. Je songe gentiment à chercher un endroit pour dormir. Mais voilà, comme je viens de le dire nous avons changé de continent et, pour l’hébergement, c’est une autre paire de manches. Je m’imagine planter ma tente dans un parc, je rêve ! De beaux panneaux d’interdiction m’avisent du montant à payer en cas d’infraction. Pour ma première nuit, je me rabats sur un dortoir d’un backpacker hostel minable, il m’en coûtera quand même vingt six dollars, ça fait aussi parti du choc “culturel”. Mais peu importe, j’ai la pêche et suis heureux de plonger dans un nouveau monde.  

Sur la route des explorateurs

Si l’Australie est le plus petit continent, elle est aussi la plus grande île. Nous sommes début septembre et la température commence déjà à grimper dans cette zone tropicale. Sans plus tarder il faut mettre les voiles car la traversée du désert sera longue. Je fais quelques réserves de nourriture et passe chercher ma carte bancaire au consulat de Suisse. L’ancienne carte je l’avais perdue sur l’île de Java et ma famille m’a soigneusement fait parvenir une nouvelle. Le secrétaire du consulat m’a très bien accueilli et je repars avec ma carte, plus des casquettes, stylos et calepins à croix blanche! Voila, c’est parti sur la Stuart highway, route qui guidera mon chemin pour plus de trois mil kilomètres. C’est John McDouall Stuart, qui en 1862 fut la première personne à traverser le contient du sud au nord. Aujourd’hui, nous allons la faire du nord au sud, mais sur une belle route goudronnée !  

 

Le top end

Le top end comme il est communément appelé représente les quatre premiers cents kilomètres de route depuis Darwin. C’est une zone tropicale, bien que relativement sèche à cette saison. Il y a de magnifiques parcs nationaux infestés de crocodiles tout autour. Je vois mes premiers kangourous. Il fait chaud et je suis un peu préoccupé pour la suite des événements. Mais, sur ce premier tronçon encore relativement fréquenté, je rencontre quelques « cyclos », un peu allumés, comme moi, qui viennent du sud. Ils me rassurent en m’y garantissant un peu plus de fraîcheur. Le trois septembre, j’atteins un hameau d’une poignée d’habitants. Ca fait exactement deux ans que je suis en selle et j’ai 32 ans aujourd’hui. L’endroit est assez spécial voire glauque, isolé, jadis ville de chercheurs d’or, il reste encore quelques vestiges de l’époque. Malgré tout je suis content d’être là et vais me payer une bonne bouffe au pub local avec les cow-boys de l’outback (nom utilisé par les Australiens pour parler des zones retirées loin de la civilisation).Une chose étrange s’est produite aujourd’hui. La montre que je porte au poignet depuis le début s’est arrêtée. Lorsque que je le remarque, je la retire et le bracelet tombe en morceaux. Je prends ça comme un signe, il faut laisser tomber l’horloge, poursuivre par le rythme dicté par la nature. D’ailleurs ici, dans l’outback, la montre a surtout un rôle décoratif !  Comme dit précédemment, la saison chaude approche et m’égarer quelques semaines de la route principale pour aller découvrir des parcs naturels pourrait me coûter cher en gouttes de sueur. Ceci me rappelle que lorsqu’on voyage à vélo on jouit d’une grande liberté certes, mais celle-ci a ses limites physiques ou climatiques, on ne peut pas faire n’importe quoi, en tout cas en ce qui me concerne. Par chance, une magnifique zone protégée est située à quelques bornes de là. C’est un endroit magnifique où coule une rivière à travers des gorges accidentées donnant naissance à des chutes d’eau et piscines naturelles. Quel bonheur de se rafraîchir (et se laver) dans cette eau limpide. J’observe, depuis les hauteurs, le coucher de soleil avec les lézards non peureux qui font de même à côté de moi.   

 

Rencontre avec les Aussie

 

Les nuits je les passe exclusivement sous tente, le moyen le plus abordable et facile. Mais, dans cette partie de l’Australie, territoires des crocodiles, je ne prends pas le risque de camper n’importe où, spécialement à proximité des cours d’eau. La probabilité de se faire croquer par un croco est bien mince, mais m’empêcherait de dormir sur mes deux oreilles et puis je ne connais pas assez bien le comportement de ces animaux pour jouer à crocodile hunter. Je joue donc la carte sécurité en me rabattant sur une aire de repos ou un camping bon marché. Et cela a du bon car dans ces endroits je rencontre plein d’Aussie (c’est comme les Australiens-nes se dénomment eux-mêmes). J’aime rencontrer les gens et après une longue journée en solitaire croiser du monde fait toujours plaisir. Ils sont généralement en vacances, souvent une caravane avec tous les gadgets qui vont avec. Dans le lot, je rencontre beaucoup de retraités, les grey normad comme on les appelle ici, faisant référence à leurs cheveux gris. Ils se déplacent sur le territoire en fonction des saisons. Très ouverts et aimables, c’est rare qu’on me laisse tranquille dans mon coin sans venir m’offrir une bière glacée ou me demander si j’ai besoin d’eau. Le fait que je sois à vélo les interpelle et facilite le contact. Ici on ne me demande plus si je suis marié, ou combien d’enfants j’ai, comme en Asie, non ici la préoccupation des gens c’est de savoir combien de litres d’eau je prends sur mon push-bike (vélo) et combien de kilomètres je parcours par jour.   Le top end touche bientôt à sa fin avec la ville de Katherine. J’y refais quelques réserves de nourriture car depuis ce point ce qui m’attend c’est le désert, que ce soit au niveau végétation ou population.  

 

Les crocodiles

 

Je m’enfonce toujours un peu plus dans l’Outback en roulant vers le sud, la végétation devient plus éparse, la température reste élevée. La carte géographique m’indique une source d’eau thermale et quelques infrastructures, probablement une Roadhouse (restoroute). Déjà  cent vingt kilomètres aujourd’hui, malgré la sieste de mi-journée, j’accuse une fatigue supplémentaire due au vent et à la chaleur. Mais la curiosité m’attire jusqu’aux sources. Seulement voilà, pour poser ma tente au camping juxtaposé, on me demande vingt dollars, ce que je refuse et repars un peu déçu. Sur le chemin qui mène ici j’avais repéré un panneau un peu vieillot qui indiquait un autre site de camping dans une réserve, je décide d’y aller. C’est une route très peu fréquentée et les kangourous semblent tout surpris de me voir passer. J’arrive dans un charmant endroit, au bord d’une grande rivière, étonnamment pas asséchée. Je monte ma tente en vitesse et vais faire trempette dans ces eaux calmes, après cette longue journée brûlante, quel bonheur ! La soirée je la passe avec des Australiens de la région, très sociaux et aimables comme souvent. Ils me font goûter le barramundi qu’ils viennent juste de pêcher, un vrai régal. C’est que les Australiens sont experts en barbecue, ils viennent de me le prouver. Au petit matin, j’ai rendez-vous avec le pêcheur du barramundi, il voulait me montrer le poisson scie qu’il avait repéré la veille. Dans une petite barque en métal, nous fendons le miroir crée par l’eau immobile. Nous ne trouvons pas le poisson scie, par contre nous allons libérer un crocodile d’eau douce attrapé dans un piège. Car nous sommes à l’endroit le plus proche du Golf de Carpentarie sur ma route. Il se peut quelques fois que des crocodiles d’eau de mer remontent la rivière jusqu’ici, d’où la mise en place de pièges par les rangers afin de ramener les gros méchants reptiles à la mer. Et dire qu’il y a quelques heures de cela, je me rafraîchissais dans ces eaux dormantes !    

 

Pédaler dans l’immensité

 

Toujours plus vers le sud, les noms indiqués sur ma carte que je prenais au début pour des villages sont généralement qu’une seule maison, ou pire une station abandonnée. Mais sur cet axe nord-sud, il y a suffisamment de points de ravitaillement pour ne pas tomber en panne sèche. Les Australiens prennent soin de leur tourisme, juteux commerce oblige. Environ toutes les centaines de kilomètres une aire de repos équipée d’un réservoir d’eau est à disposition. Chose que j’apprécie beaucoup car ainsi je n’ai pas besoin de charger Bouquette en litres d’eau comme une mule. Déjà plus de mil kilomètres parcourus depuis Darwin. J’ai réussi à trouver mon rythme et mes repères, appris aussi à connaître la météo qui règne ici. La traversée s’annonce plus facile que prévue et j’apprécie chaque coup de pédales donné dans cette immensité, les distances ne m’affectent pas, au contraire. Je croise la ville de Tennant Creek, j’y fais le ravitaillent de vivres nécessaires et sans m’arrêter je continue ma route, le vent a tourné en ma faveur, aubaine que je ne vais pas laisser passer et je vole littéralement au milieu de ce sable rouge en me méfiant de la venue d’un éventuel Road train, camion pouvant avoir jusqu'à trois remorques et mesurant plus de cinquante mètres de long! J’arrive au site des billes du diable, une curiosité naturelle où la nature a laissé en équilibre de grosses pierres rondes, mais surtout j’ai soif. J’imaginais déjà être récompensé par une boisson fraîche à mon arrivée sur ce site remarquable, mais il n’y a rien. Je me cuis un thé à la menthe espérant faire passer cette gorge sèche tenace, mais rien à faire, en plus quelques campeurs me narguent en savourant leur bière fraîche. C’en est trop, je tiens un moment avant d’aller en chiner une à l’un d’entre eux. Sur le chemin avant Alice Springs, il y a encore cette fameuse Roadhouse, fief des amateurs d’extra-terrestres en Australie. Tous les articles de journaux à ce sujet, les photos de soi-disant clichés d’OVNI tapissent les murs. Dans les régions retirées comme ici les gens raffolent des histoires saugrenues, on me raconte tout et n’importe quoi !   

Alice Springs chez Sue

A la hauteur du tropique du Capricorne, un monument marque la ligne imaginaire, de là encore quelques coups de pédales et c’est Alice Springs, ville en plein centre de l’Australie où je suis attendu. Dix sept jours se sont écoulés depuis Darwin. A nonante six kilomètres de moyenne je n’ai pas traîné. Cette première partie s’est très bien passée avec des rencontres sympas et juste une petite crevaison. A Alice Springs, je vais chez Sue. C’est une Australienne que j’ai rencontrée lors de mon séjour à Dili au Timor Oriental. Elle m’accueille adorablement, me cuisine de petits plats exquis et moi je mange pour quatre. Avant, elle était guide touristique dans la région, elle me refile bon nombre de tuyaux pour la suite du parcours. Je ne reste malheureusement que peu de temps ici car la température monte toujours et je m’apprête à traverser une partie un peu moins banale.   

 

Les pistes sauvages

Je quitte la Stuart Hwy pour l’ouest, longeant la chaîne de « montagnes » des MacDonnells. C’est un endroit intéressant avec des gorges et des trous d’eau où il est encore possible de trouver ce précieux liquide. Mais le temps se gâte, l’air lourd est devenu insoutenable, de plus un vent tempétueux s’est levé. Je passe une nuit terrible. J’apprendrai plus tard que la tempête a fait passablement de dégât du côté d’Alice Springs. Il fait toujours très lourd mais je continue, je n’ai pas trop le choix non plus. Il y a encore une station où je peux remplir mon sac à eau, ensuite c’est deux cents kilomètres de pistes sablonneuses qui m’attentent sans rien autour. Un peu inquiet de ne pas arriver à fermer la boucle avec les réserves d’eau emmenées, je m’élance. La seule eau que je trouve pour remplir mes gourdes c’est de la bore water, trop chargée en minéraux et salée, elle permet de survivre mais donne plus soif après qu’avant. Comme par enchantement, dès la mi-journée la température baisse brusquement, le ciel se dégage et surtout le vent tourne. Pour planter la tente je trouve un endroit d’une tranquillité absolue dans un lit de rivière asséchée. J’ai l’impression d’être seul au monde, le vent s’est tu comme souvent en fin de journée. Le coucher de soleil dans le bush laisse rêveur, je n’entends que le bruit de mon cœur qui bat. Le lendemain, le jour s’annonce merveilleusement bien. La piste est bonne, aucune voiture n’y passe. Grâce à la paisibilité des lieux, la faune n’est pas effrayée, chameaux et chevaux sauvages se laissent approcher à une distance raisonnable. Les voir gambader en toute liberté dans ces grands espaces est pur bonheur. La partie non goudronnée touche à sa fin, plus que quelques kilomètres avant le site de Kings Canyon. Je retrouve là les facilités d’un camping bien aménagé mais pas donné non plus. A quelques minutes de là, un des plus beaux site d’Australie. Une profonde entaille dans ces montagnes plates a donné naissance à des formations géologiques surprenantes où règne un micro climat humide au milieu du désert.   

 

En route vers Uluru!

 

La route est belle, le bush relativement dense et le sable d’un rouge ocre. Le rêve de se rendre au monolithe d’Uluru à vélo se concrétise. Je m’approche du site en scrutant l’horizon et à une quarantaine de kilomètres du gros rocher sa silhouette se révèle. C’est un moment magique, j’oublie que mes muscles me brûlent et réclament une vraie pause. Il y a encore une vingtaine d’années, une expédition à Uluru était une aventure, aujourd’hui, victime de sa popularité internationale, un complexe avec supermarchés, hôtels et restaurants a pris place. Il faut dire que je profite bien de ces facilités, mais tout ça me parait un peu surréaliste au milieu de ces terres sacrées des aborigènes. Le coucher de soleil à Uluru est à ne pas manquer et puis je veux immortaliser ce moment avec Bouquette devant le rocher mythique. Là-bas, je rencontre Nina et Ingo, elle Allemande, lui Suisse. On sympathise et ils proposent de m’emmener en voiture dans la réserve voir d’autres formations géologiques exceptionnelles, nous passons de très bons moments ensemble et découvrons à pied la beauté de cette nature. Le monolithe de près est encore plus beau, ses parois rocheuses polies par les années ont un aspect quasi charnel, nous en faisons le tour à pied comme pour un pèlerinage.   

 

Les Aborigènes

 

Les Aborigènes qui vivent là depuis des milliers d’années ont développé une harmonie avec cet environnement hostile. Leur culture n’est pas évidente à comprendre pour nous autres occidentaux. Il y a le monde des femmes, le monde des hommes et tout est secret. Les personnes de peau blanche que j’ai rencontrées qui ont eu des contacts plus ou moins privilégiés avec les Aborigènes ne me dévoilent que très peu de choses à ce sujet, même si curieux d’en savoir plus je leur tire les vers du nez. Ils gardent un respect et une pudeur étonnants. Je soupçonne qu’ils aient fait des expériences avec la nature au delà de la connaissance de notre monde « moderne », et seraient jugés incrédules. J’espère avoir plus de contacts avec les Aborigènes, mais pour qu’on vous révèle quelques secrets, il ne suffit pas de passer à vélo en coup de vent. J’ai bien fait une halte un jour dans une communauté, essayant de comprendre un tant soit peu le comportement de ces gens d’une d’autre époque. Mais sans aucun succès. Ils sont certes sans agressivité à mon égard, mais restent indifférents. Le fait de les parquer dans des communautés ne leur convient pas très bien non plus, ils n’ont aucune idée de comment gérer les choses matérielles. Dans ce camp règne le chaos, tout est cassé, pas entretenu, les déchets traînent partout et les chiens ressemblent à ceux de l’Inde, plus de poils et maigres comme des clous. On m’avait prévenu du danger que pouvaient présenter les Aborigènes. N’importe quoi ! Ces gens sont non violents. Quand ils s’expriment ils ont tendance à parler fort voire crier et ils ne communiquent pas de la même manière non plus, à plusieurs en même temps en principe ce qui leur donne un air sauvage et qui probablement peut faire peur à certains. Ils ont des têtes assez incroyables aussi, loin de nos critères de beauté occidentaux. Le problème c’est que lorsqu’on les rencontre dans la rue ils sont rarement sobres ce qui fait d’eux des épaves sans intérêt. Toutefois, je garde un immense respect pour ces gens, ils avaient sans aucun doute une harmonie parfaite avec leur environnent, leur style de vie n’est malheureusement pas compatible avec celui dicté par le monde globalisé d’aujourd’hui et laisse cet extraordinaire peuple sans repères.  

 

L’Australie du Sud avec Annemarie

De retour sur la Stuart Hwy, j’ai hâte d’arriver dans cette Roadhouse ou un paquet m’attend. Ed, qui vivait dans la même maison que Sue à Alice Springs m’a aimablement proposé de me déposer des paquets de nourritures le long de la route, m’évitant ainsi de traîner de monstres quantités de nourriture. Je quitte les Territoires du Nord pour entrer dans un nouvel Etat, celui de l’Australie du Sud. De minies tornades traversent la route et il me faut parfois freiner pour ne pas foncer dedans. Je suis très content de mon avancée et peux lever le pied à présent, au fur et à mesure de ma progression vers le sud l’air devrait se rafraîchir. Lors d’un arrêt dans une roadhouse je rencontre Annemarie. Elle est Allemande, la quarantaine, elle a quitté l’Allemagne à vélo il y a six ans. Nous allons dans la même direction et roulons ensemble. Je ralentis un peu mon rythme, ce qui me fait le plus grand bien et elle accélère un peu. La cuisine n’est pas son truc, par contre moi j’adore ça et je m’y donne à cœur joie, pouvoir cuisiner pour quelqu’un d’autre me ravi, en plus elle n’est pas difficile! Il n’y pas un jour sans au moins un repas cuisiné au feu de bois, le bush camping dans l’outback est tout simplement magique.   

 

En chercheur d’Opale

 

Nous arrivons à la ville minière de Coober Pedy. Ville totalement atypique, elle est la capitale mondiale de l’Opale, pierre semi-précieuse, abondante dans cette région. La petite ville qui abrite une quarantaine de nationalités venues chercher fortune, au premier coup d’œil  ne paie pas de « mine ». C’est parce qu’une grande partie de la ville est souterraine pour éviter les chaleurs étouffantes de l’été. Même les églises sont sous terre ! La région est désolante, c’est là qu’on a tourné des films à la Mad Max. Nous avons la chance incroyable de se faire inviter par un Australien ayant plus ou moins fait fortune ici. Il nous met à disposition un petit studio que nous squatterons dix jours. Ca n’a l’air de rien, mais quand depuis deux mois l’unique chambre à coucher que l’on connaisse est celle de la tente, un peu de changement fait toujours plaisir. Et puis Bob Watson, c’est comme ça qu’il s’appelle, est vraiment sympa. Il nous emmène dans ses mines, c’est un privilège, nous cherchons l’opale avec lui, son ex-femme et son associé. Il a construit sa machine lui-même, nous sommes dans une petite chambre obscure éclairée à la lumière ultraviolette cherchant le précieux minerai qui devient verdâtre au contact de l’UV. Sur un tapis roulant, les pierres défilent et à nous la pêche miraculeuse!  

 

Pauvres kangourous

 

Avec Annemarie nous nous remettons en selle après ce mémorable séjour à Coober Pedy. Nous sommes dans une zone interdite où il n’est pas autorisé de quitter la route, mais en vélo nous n’avons pas le choix de nous poser pour la nuit. Encore plus au sud nous trouvons sur notre chemin un lac asséché recouvert d’une croûte épaisse de sel. Evidement, nous ne résistons pas à l’envie de pédaler sur cette étendue salée. Nous posons le camp au milieu du lac, la tranquillité qui règne ici est absolue, absorbés par ce calme nous y passons deux jours à écouter le bruit du silence. Certaines nuits deviennent fraîches. Nous approchons de la côte sud Australienne. La végétation redevient plus fournie et la faune aussi. Tristement, depuis Darwin, des centaines de cadavres de kangourous jonchent les bas côtés de la route. La majorité se fait percuter la nuit, tétanisés par les phares d’un roadtrain  qui les expédie comme un vulgaire jeu de quilles. Voilà comment on traite le symbole de l’Australie! Aujourd’hui, j’assiste à ce triste destin, un kangourou vient d’être happé par un camion, il a le bras cassé, la moitié du visage en sang. Il vit encore, gémit de douleur, je reste avec lui les longues dernières minutes de son existence, le caressant en espérant calmer son mal.  

 

La traversée achevée

 

Port Augusta est une petite ville située au bout d’un bras de mer venant du sud. Pour moi le premier contact avec la mer depuis Darwin. La traversée nord-sud du continent s’achève, il ne reste que quelques centaines de kilomètres jusqu'à la capitale de l’Etat : Adélaïde. A Port Augusta se déroule un festival de musique et de spectacles pour soutenir la cause aborigène. Toujours avec Annemarie nous faisons la connaissance d’un couple d’Australien habitant dans les collines des Flinders Range à une quarantaine de kilomètres de là. Ils nous invitent chez eux spontanément. La route qui y mène est magnifique, c’est que je n’avais pas vu de reliefs depuis longtemps. Les villages que nous traversons semblent déserts, mais toujours propres et bien entretenus. Nous arrivons chez nos amis pour la nuit. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je constate qu’ils habitent dans une ancienne église. Il parait que c’est courant ici, comme elles ne sont plus utilisées, ces chapelles sont vendues à des particuliers pour y vivre. Paul et Annette s’occupent trop bien de nous, une hospitalité fantastique. Le matin ils partent travailler et nous laissent leur maison. Je croyais que ce genre d’hospitalité n’existait que dans des pays plus « pauvres » et que le monde occidental avait perdu ces belles valeurs. Mais en Australie celle-ci perdurent, preuve qu’une vie bien remplie à l’occidentale n’est pas incompatible avec le fait d’être ouvert à l’étranger et à lui consacrer du temps. Qui pense à l’Australie pense aux serpents venimeux, araignées, scorpions ou autres bestioles disgracieuses. Je tiens à rassurer les septiques, en trois mois de camping sauvage j’en ai vu zéro!      

 

La visite de Gige

 

Adélaïde est une charmante ville de taille moyenne où il fait bon séjourner pour quelques temps. Beaucoup de verdure, bien rangée, organisée, propre. J’ai un pied à terre chez Sharil, un Sri Lankais que j’avais connu à Kuala Lumpur. C’est qu’avec ce voyage je me suis fait des amis partout dans le monde, une richesse inestimable. Ces prochains temps Bouquette pourra se reposer un peu car je ne vais pas la monter pour plus d’un mois. Mon copain (ou ex-collègue de travail) Sébastien, Gige pour les intimes, a décidé de venir me trouver en Australie, rien que ça. Il était là le jour du départ, il y a deux ans et deux mois. Nous fêtons son arrivée avec une bonne fondue soigneusement apportée par lui-même depuis la Suisse. Nous avons loué une fourgonnette pour les trois prochaines semaines. A l’intérieur du bus, une «cuisine» et « chambre à coucher ». Les Australiens sont des pros du camping et ont développé toutes les astuces nécessaires en ce qui concerne cette activité. Ca y est, avec Gige nous sommes prêts pour aller faire les quatre cents coups sur les routes australiennes. Nous roulerons cinq mil kilomètres en tout. Partant vers l’est en direction de la Nouvelle Galles du Sud, jusqu'à la côte est. Nous redescendons ensuite vers Sydney où nous passons quelques jours chez un ami que j’avais rencontré au Timor Oriental. Nous poursuivons vers la capitale Canberra avant de traverser les snowy mountains qui hébergent les plus hauts sommets australiens. En hiver on peut même skier. Nous achevons notre tour à Melbourne. Là aussi j’ai un bon ami rencontré lorsque je passais en Erythrée. Déjà à cette époque j’étais allé séjourner chez lui alors qu’il travaillait comme volontaire. Nous sommes rester en contact depuis, Ian nous accueille les bras ouverts dans sa maison de Melbourne. C’est l’heure des adieux, Gige doit rentrer en Suisse, pour ma part il faut que j’aille récupérer Bouquette à Adélaïde et revenir à vélo le long de la côte sud. Le hasard ayant bien fait les choses, mon ami Ian doit voler à Adélaïde pour des raisons professionnelles, je réserve le même avion que lui et nous voyageons ensemble.     

 

Adélaïde Melbourne par la Great Ocean Road 

 

Sharil est toujours là pour m’accueillir à Adélaïde. Le temps de faire un petit stock de nourriture, faire un service à Bouquette et c’est reparti pour mil kilomètres d’aventure. Il me faudra déjà faire une pause au centre ville car en grand étourdi j’ai oublié les piquets de tente à Melbourne, j’en achète une au rabais en passant. Il fait frais pour la saison, je dirais même que j’ai froid, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout, mais une bonne veste de l’Armée du Salut fera l’affaire.  La dernière partie de l’Australie du Sud jouit d’un climat bien différent de ce que j’avais vécu plus au nord. Le vent est froid, il pleut par moment et la nature est beaucoup plus verte. C’est une très belle région, avec plusieurs parcs nationaux sur le littoral. J’entre dans l’Etat de Victoria accueilli par la pluie. A présent, cette belle route sinueuse longe le bord de mer, avec plusieurs sites remarquables le long d’elle dont les fameux « douze Apôtres » (qui ne sont plus douze d’ailleurs). J’y arrive en fin de journée après avoir lutté huit heures contre le vent. Mais le spectacle est à la hauteur ce soir, avec un coucher de soleil aux couleurs exceptionnelles. Cette Great Ocean Road est d’un grand intérêt, dommage que je sois trempé jusqu'à l’os. Je m’octroie un lit sec dans une auberge de jeunesse dans la charmante petite ville d’Apollo Bay. C’est une maison super cosy, j’y prends un jour de repos car aujourd’hui il a plu sans interruption. Une petite accalmie le lendemain me permet de poursuivre et je bénéficie d’un intéressant vent dans le dos qui me pousse jusqu’aux environs de Melbourne. Puis je traverse en ferry la petite bande d’eau qui est la porte d’entrée de la baie Port Philipp. En cette ultime étape australienne, je passe le cap des trente mil kilomètres en longeant la côte jusqu’au centre ville. Il fait beau, la lumière est belle et j’immortalise par une photo ce moment de bonheur mais aussi mélancolique car une page du voyage se tourne. Je repense aux quatre mil neuf cent kilomètres de pur bonheur à travers ce continent. Mon ami Ian vit à sept kilomètres du centre dans un agréable quartier de la ville. Il n’est pas là, mais m’a laissé les clés de sa maison. Décidément ces Australiens sont supers.  

 

Noël à Melbourne

 

Nous sommes à la veille de Noël, je passe des jours paisibles dans cette maison où je vais séjourner quelques semaines. Il est temps pour moi de prendre des décisions quant à la suite du voyage. Mais avant j’ai besoin de prendre un peu de recul, tout est encore trop frais dans ma tête, trop d’émotions…Une vraie pause s’impose et financièrement je dois gagner ma vie aussi. Trouver un travail ici serait la panacée…    

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