La route du sud - tentative 1 Et c’est reparti pour un tour, ou en fait je le crois. Car Vientiane est pour moi une ville qui ne veut plus me laisser repartir, ou alors me rappelle-t-elle aussitôt. La pause de Noël et Nouvel an fut longue et apparemment j’aurais perdu quelques automatismes. En effet, en quittant la ville, je me dirige vers un parc de bouddhas et statues indoues, crée il y a une cinquantaine d’années par un farfelu voulant fusionner les deux religions. Une globe-trotter française, que j’ai rencontrée quelques jours auparavant, m’accompagne à vélo jusqu’au parc. Le soir, après être allés replanter quelques pousses de riz dans les rizières longeant le Mékong, nous posons le camp sur un bout de terre non inondée. L’obscurité venue, je m’aperçois bien vite que j’ai oublié ma lampe frontale à la guest house, il faudra retourner à Vientiane… Sur le chemin du retour, la dynamique du train arrière de Bouquette m’interpelle. Après examen, je diagnostique une roue voilée due à une jante fissurée. Je repasserai ainsi une bonne semaine dans la ville du bord du fleuve pour attendre du matériel de réparation. Mais comme citée dans un précèdent article, Vientiane est une ville où il y fait bon vivre, et je m’adonne à ce rythme de vie. Le climat est agréable.
Route du sud - tentative 2 Eléphants sauvages Ca y est, le vélo et moi sommes prêts pour un nouveau départ. Les premières journées sont nécessaires au rodage des deux bestiaux. Muni d’une bonne carte, je voyage sans guide. Il m’arrive parfois de ne pas être informé de toutes les curiosités touristiques des endroits traversés, mais c’est ce qui rend le voyage plus authentique aussi. Aujourd’hui la chance me sourit car, par pur hasard, en croyant visiter un vieux temple, je tombe sur une réserve d’éléphants sauvages. Même si encore surnommé “pays au million d’éléphants”, le Laos n’en recèle plus énormément à l’état sauvage. Mon intérêt pour la vie sauvage me fait passer la nuit sur un mirador prévu pour l’observation du pachyderme. La tour a été implantée à cet endroit en raison d’un point d’eau riche en minéraux nécessaires à l’animal. Si nous sommes chanceux, la poignée de touristes et quelques guides locaux que nous sommes pourront observer la bête. Vers deux heures du matin un guide nous réveille, un éléphant fait son apparition, pas très spectaculaire vu la nuit profonde et on en a tous déjà vu des éléphants, mais le seul fait de réaliser qu’il s’agit d’un en liberté me ravis.
Adorable nonchalance laotienne Sur la route 13 qui trace plein sud la route est moins spectaculaire que dans le nord, moins éprouvante aussi. Par contre, les Laotiens sont toujours aussi calmes et nonchalants. On me salue amicalement comme à l’accoutumée. J’essaie de prendre la route au petit matin et, déjà, j’observe les enfants jouer à la pétanque comme de vrais pros. Le passé colonial français a laissé quelques traces, entre jeux de boules et baguettes de pain. Les édifices par contre ne jouissent pas d’une attention particulière et sont souvent défraîchis. Mais l’intérêt touristique, même pour ces Laotiens aux ambitions modérées pousse le développement dans ce sens. C’est que les gens aiment leur tranquillité, me rappelant la maxime indochinoise : « les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l’écoutent pousser ».(?) La chaleur grimpe vers le sud et les pauses café se font un peu plus fréquentes. Nous sommes proches du Plateau des Bolavens, région où est cultivée le délicieux café laotien à la subtile saveur chocolatée. Sur la route on me le sert dans un sac plastic ou dans un verre à bière rempli de glaçons, quel rafraîchissement! Alternance entre camping et hôtel plus ou moins rudimentaires, ce soir dans la ville de Takhek, c’est un agréable hôtel lounge qui m’attend. Lieu de rencontres de bon nombre de voyageurs, je décide de m’y poser un peu, mon besoin de communiquer dans une langue connue me réjouit. A ma grande surprise et à deux reprises je fais la connaissance de Fribourgeois. Quelle coïncidence, les premiers après une quinzaine de mois de voyage. Je roule ensuite vers la deuxième ville du pays, Pakse qui est aussi la plus méridionale. Elle est un carrefour important de commerce et de passages dû à sa position géographique proche de la Thaïlande, Vietnam et Cambodge. Mais entendons-nous bien, tout reste à une échelle bien Laotienne.
Vientiane, l’ultime retour ? Bouquette est fatiguée, et j’attendais de rejoindre la ville pour lui prêter les soins nécessaires. Malheureusement, aucun atelier de vélos ne fait l’affaire. J’aimerais vous épargner à vous lecteurs les continuels récits portant sur l’état de santé des deux protagonistes mais ça reste, malgré moi, le nerf de la guerre. Confronté à un dilemme, j’hésite entre retourner vers la capitale pour faire réparer ou continuer vaille que vaille jusqu’à peut-être une issue fatale. L’expérience du voyage me fait opter pour la première idée. Muni d’un petit sac à dos, laissant tous les bagages sur place, je saute dans un bus local en direction de Ventiane (et de quatre!). Nous achèverons les sept cent cinquante kilomètres en seize heures, parmi les poules, canards et cochons. Les caprices météorologiques qui sévissent en ce moment en Chine en la figeant dans la glace et la neige effleurent le Laos. Parti du sud en short et liquette, je dois aller m’acheter quelques habits chauds. Il pleut à Vientiane en plein hiver! De plus, je rentre bredouille, il faudra attendre Bangkok pour pallier ces ennuis d’ordre mécanique. Au revoir, attachant Laos ! Plus que quelques centaines de kilomètres me séparent de la frontière cambodgienne. J’ai eu le plaisir de faire la rencontre d’un couple français à vélo, nous partageons le même itinéraire et nous nous unissons pour poursuivre la route. Ils sont venus de France, avec un beau projet sur l’agriculture, interrogeant les cultivateurs dans chaque pays traversés. (http://cyclopaysans.ouvaton.org). Avant de le quitter, cet attachant pays nous réserve encore quelques bons moments. Nous croisons notre chemin avec une fête locale des éléphants nous plongeant au coeur des traditions laotiennes. Le soir venu nous plantons nos tentes dans l’enceinte d’un monastère, bonne méthode pour bénéficier d’un peu de sécurité et d’eau pour se laver et cuisiner. Aux confins du pays, Laos, Thaïlande et Cambodge forment le triangle d’émeraudes. Ici, le Mékong fait plusieurs kilomètres de large. Il se divise en une multitude de petits bras de rivières, donnant naissance à un site naturel de toute beauté surnommé les quatre mil îles. C’est un endroit de terres sauvages, recelant plusieurs cascades dont les plus hautes du Mékong. On peut encore y observer une poignée de dauphins d’eau douce, mais pour combien de temps encore ? L’endroit est paradisiaque et toujours fidèle à cette image paisible, même si le réseau de backpacker (voyageur sac au dos) y a fait une destination incontournable faisant se multiplier les bungalow au bord de l’eau en harmonie avec le lieu. Ce bel endroit marque l’ultime étape sur sol laotien. Quelques jours plus tard, le passage vers le Cambodge se fait en toute simplicité avec l’obtention d’un visa en un temps record, dix minutes chrono.
Cambodge Dans la jungle Khmère La route jusqu’à la première agglomération est asphaltée depuis peu. La population commence gentiment à s’installer le long de la route, construisant quelques maisons en bois sur pilotis. Nous sommes en saison sèche et le paysage est assez désolant, voire triste, avec les multiples feux de broussailles intentionnels, probablement faits en vu de nouvelles cultures. Avec mes deux compagnons de route, nous étudions un itinéraire possible pour se rendre jusqu’à Siem Reap, ville où se trouvent les incontournables ruines d’Angkor. Après discussion et étude du tracé, nous nous lançons à l’aventure. Notre route passera à travers la forêt. Les réserves de vivres faites, nous entamons ce raid par la traversée du Mékong. Maintes fois nous demandons notre chemin, la route n’est pas claire, tout comme la communication d’ailleurs. La carte indique une route secondaire mais il s’agit en fait plus d’un tracé pour compétition de VTT. Le chemin n’est praticable qu’en deux roues et l’effort est soutenu. Dire que la piste est défoncée serait un euphémisme. Nous avançons péniblement dans cette jungle mais ne remettons pas en cause nos chances de réussite. Pourtant, après une septantaine de kilomètres, les passages sablonneux se font de plus en plus fréquents. Le sable est le cauchemar du voyageur à vélo, un véritable piège dans lequel on s’enlise et où on en ressort qu’au détriment d’une dépense en eau et énergie colossale. Le chemin lui-même est très confus, avec des ramifications un peu partout. Et attention aux mines antipersonnelles ! Il n’y a pas de point d’eau sur les prochains cinquante kilomètres autant dire que Mike Horn passerait mais pas nous. Nous prenons la démoralisante mais sage décision de rebrousser chemin. Mais nous n’avons pas tout perdu, car peu de voyageurs à le privilège de vivre une telle expérience. Je pense aux petits villages isolés de tout, où le développement n’en est qu’à ses balbutiements. Certains sont munis d’un petit dispensaire et d’une école, d’autres sont totalement laissés pour compte à l’état semi-sauvage. Nous sommes bien accueillis même si nous passons probablement pour des extraterrestres aux yeux de certains villageois.
Cambodge aujourd’hui De retour à Stung Treng, nous nous rabattons sur une route plus praticable. Le Mékong la guide encore quelques heures, avant que nous fassions nos ultimes adieux au fleuve magique. A présent, une piste de terre rouge traverse de grandes plaines asséchées en cette période destinée à la culture du riz. Quelques palmiers ça et là plantent le décor. Nous rejoignons la route principale qui vient de la capitale Phnom Pen et qui va jusqu’à Siem Reap. Ce tronçon est l’un des rares à être asphalté et la vie le long de la route est bien loin de l’arrière pays découvert quelques jours plutôt. Aujourd’hui, la route au Cambodge fait plus de victimes que les mines antipersonnelles (il en resterait encore 5 millions). Les gens viennent s’agglomérer autour de cette nouvelle voie tout comme les détritus qui vont avec. Ne nous plaignons pas trop non plus car la route goudronnée nous permet d’avancer et de passer la nuit, parfois dans de confortables hôtels touristiques plus alléchants que nos tentes exiguës. Le contact avec la population est facile, les gens sont ouverts sans réticences. Mais leur triste passé sous le régime des Khmers rouges à laissé de profondes cicatrices. Peut-être pas dans la mémoire des gens, on ne parle que très peu d’histoire, d’ailleurs à l’école, celle-ci s’arrête en 1956 ! Mais plutôt dans le développement général du pays. Seuls les endroits touristiques bénéficient d’un peu d’infrastructures totalement privatisées, l’argent est très mal réparti ou pas du tout. Et ce n’est pas du côté du gouvernement corrompu à mort qu’il faut attendre de l’aide. Et les ONG feraient presque mieux de pisser dans un violon. Bref, je m’acharne un peu trop sur ce pauvre pays qui me donne peu d’espoir d’amélioration. Ces Khmers méritent vraiment mieux.
Les temples d’Angkor L’arrivée à Siem Reap coïncide, pour mes deux amis bretons, avec la fin du voyage à vélo. Nous passons trois journées bien remplies à découvrir les fascinantes ruines d’Angkor, construites dans le IX siècle. Le plus fameux, le temple d’Angkor, est le plus grand monument religieux au monde. Hindouisme et Bouddhisme se sont partagé la vedette durant les siècles de règne. La quantité de différents temples, les bassins, murailles et autres pyramides à échelons me transportent dans l’imaginaire d’un monde d’époque. Beaucoup d’autres sites fabuleux encore se cachent plus loin dans la forêt cambodgienne, mais trois jours d’intenses visites suffiront à apaiser la soif d’un novice en archéologie. La magie d’Internet m’offre la possibilité d’un rendez-vous laconique avec des amis français connus sur la route Katmandu-Lhassa. J’espère que mon chemin recroisera ces gens délicieux. Maintenant, l’heure est déjà à un nouveau pays, deux jours de vélo et la Thaïlande m’ouvrira les portes de son royaume… |