Pays du Golf

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Emirats Arabes Unis - Dubai
de David Clément, le 04-05-2007

Pays du Golf

Sultanat d’Oman

Les dieux sont contre moi !

Le bus de nuit du Yémen me dépose à l’aube dans la première agglomération omanaise. Les températures ont bien grimpé ces derniers jours et le sommeil dans le bus n'est pas très réparateur. Je décide donc de reprendre la route qu’en fin d’après midi. Il me faut des vivres pour les prochaines étapes de pur désert. Je fais quelques courses dans un supermarché, ça à l’air de rien mais le dernier que j’ai vu remonte à … longtemps, très longtemps. Ma cargaison d’eau est telle que bouquette me fait pitié. Après quelques heures à somnoler dans la mosquée du coin, je m’apprête à partir dans l’immensité désertique. Je n’irai pas bien loin, dix minutes de route et ma jante arrière se fend. Après l’évaluation des dégâts, je suis contraint de prendre un bus, de nouveau, les dieux sont contre moi. Il m’aurait fallu pas loin de dix jours pour atteindre la capitale en vélo et moins d’une nuit en bus. Je me console en découvrant le décor désolant des lieux, un désert plat à perte de vue sans âmes qui vivent, à peine une station service tous les 200 km.
Mascate, entre modernité et tradition.
Connaissez-vous le Sultanat d’Oman ? Personnellement j’en avais qu’une vague idée, mais la surprise fut plutôt agréable. Le contraste avec son voisin le Yémen est très marqué. Oman fait partie des pays du Golf avec la richesse et le développement dus à l’or noir qui les caractérisent. Je passe mes premiers jours à Mascate à la découverte d’une ville propre et bien tenue aux souks climatisés. Les nuits, je les passerai sur les pelouses anglaises le long des routes. Ici, la sécurité est totale, les forces de l’ordre tolérantes, alors à quoi bon louer une chambre d’hôtel. Malgré le haut niveau de développement et d’infrastructures, en ce qui concerne l’agglomération de la capitale en tout cas, le Omanais a su garder des valeurs simples. Trop souvent, l’essor de la « civilisation contemporaine » se fait au détriment de l’hospitalité et du temps consacré à autrui. Ici ça n’est pas le cas, que de rencontres fantastiques avec des gens généreux.

Tahir et sa bande

Après quelques heures à pédaler sur l’autoroute qui remonte le Golf d’Oman, je fais la rencontre de Tahir. Vêtu de l’habit traditionnel, il sort de sa voiture et me prie de bien vouloir accepter son invitation chez lui. Il a l’air sympa le jeune Tahir, et moi j’en ai assez de dormir sur les bords de route alors c’est avec plaisir que je mets bouquette dans sa voiture flambant neuve avant de filer chez lui. Très vite le courant passe entre lui et moi, nous nous trouvons bon nombre de points communs. Il me propose de me reposer quelques jours ici, mon état de fatigue étant avancé après les nuits passées dans les bus et les aires d’autoroute, en plus une angine est survenue suite au choc thermique dû à l’air conditionné. Il me laisse sa maison ainsi que toutes les commodités qui vont avec. Jeune père de famille, seul à la maison pour quelques temps, il travaille la journée mais, dès la fin d’après-midi nous allons découvrir les environs qui regorgent de surprises. Il me présente à ses amis qui, tout comme lui, ont le cœur sur la main. Ils me traitent tel un hôte de luxe, impossible de payer quoi que ce soit, je suis pris en charge de A à Z.

Soûls comme des Polonais

Je repars en selle, mais il m’est difficile de rouler une étape entière, tant les invitations sont nombreuses. Je ne dormirai qu’une seule fois dehors sur ma route pour Dubaï. Un jour mon étape se terminera à midi déjà, là aussi, pris en charge sur toute la ligne, présentation à la famille, visite des jardins et plantations…, ces Omanais-là m’ont l’air bien fortunés. Après la chicha (pipe à eau) de fin d’après-midi on m’invite à une fête. Quelle surprise quand je découvre qu’il s’agit d’un rassemblement de buveurs de whisky. L’alcool est interdit à la maison où dans les lieux publics, mais ces roublards ont leur QG bien organisé. Soûls comme des Polonais, ils sont fiers de m’avoir parmi eux, et j’aurai mille peines à leur refuser les verres si généreusement offerts…


Emirats Arabes Unis

Dubaï c’est une autre échelle

Il commence à se faire tard dans l’année et les grandes chaleurs arrivent. Mes dernières étapes avant les Emirats Arabes Unis sont nocturnes, j’échappe ainsi au soleil fatal de la journée. Mon arrivée à Dubaï se fait slalomant entre bétonneuses et camions bennes sur des autoroutes à cinq pistes. Les hôtels de la ville annoncent presque tous complets malgré leurs tarifs prohibitifs. Privilégié une fois de plus, je me fais offrir le gîte et couvert par un ancien collègue. A l’époque je travaillais sur un projet à Dubaï et l’avais côtoyé quelques jours lors d’une mission. Il m’invite spontanément dans sa famille, une opportunité sans pareil pour moi, sans elle mon séjour aurait tourné court.

Pretty women

C'est aussi la rencontre avec un ancien coéquipier de Basket-ball. Venu s'installer ici avec sa femme, il exerce son métier d'avocat. Malgré l’absence de contacts durant plusieurs années, ils m’accueillent en grande pompe comme un vieil ami. A l’instar de Julia Robert et son rôle dans le film Pretty women , ils m’habillent, m’invitent dans des restaurants haut de gamme et me loge. Lors d’une sortie dans un bar branché de la ville, mon ami me lance l’idée d'une collecte de fonds pour mon voyage. “Tu n’as qu’à t’appuyer sur l’article paru à ton sujet pour augmenter ta crédibilité, tu passes de table en table et tu verras ce qu’il adviendra” me lance-t-il. Je n’ai rien à perdre, les quelques cocktails dans le sang aidant dans cette démarche si peu naturelle pour moi. Je n’y crois pas mes yeux, à part quelques râteaux, je viens de récolter un joli pactole.

Développement ou aberration progrès?

Les presque deux semaines passées ici seront riches dans tous les sens du terme. Dubaï est une ville à l’expansion affolante, de multiples constructions pharaoniques continuent de modeler cette future mégapole. Avis aux personnes ambitieuses, Dubaï est un challenge permanent. Basés sur un modèle urbain américain, ses Malls (supermarchés) de luxe et ses gratte-ciel audacieux me rappelle Las Vegas, avec une touche de Disneyland sans Mickey. Mais Dubaï c’est aussi vingt pourcent d’Emiratis contre huitante pourcent d’étrangers. En grande partie Pakistanais ou Indiens qui, dans des conditions quasi esclavagistes, construisent et donnent forme à ces gageures qui sans eux resteraient au stade de maquette. Impossible de rester indifférent à tout ce hors-norme ; d’un côté je suis fasciné par l’aptitude de l’homme à réaliser de tels projets, mon caractère de challengeur voudrait y mettre sa pierre à l’édifice mais, de l’autre, les aberrations tout particulièrement énergétiques me mettent hors de moi. La ville n’est accessible quasiment qu’en voiture, les climatisations des bâtiments réglées sur « frigo » (quand on ne fait pas des pistes de ski ? !), alors qu’à l’extérieur le mercure atteint facilement les 40 degrés, la dépense énergétique est énorme. Le pire c’est qu’on brûle du pétrole pour refroidir tout ça ! Comprend qui peut…. Mais je ne vais pas cracher dans la soupe non plus, si je peux réaliser ce voyage aujourd’hui c’est aussi grâce à eux.
Je m’évertue à trouver un moyen de joindre l’Inde par la voie maritime. Pour ce faire, j’ai été mis en contact avec des personnes bien placées en vue d’embarquer sur un cargo. Mais toutes me diront la même chose, ce fut possible un temps mais à l’heure actuelle ça ne l’est plus. J’ai tenté également les Dhow, sommaires embarcations en bois qui relient principalement l’Iran à quelques mile marins de là, quelques-uns mettent le cap sur l'Inde également, mais là aussi je me suis ramassé par les capitaines. Mon projet tombe à l’eau, je me suis résigné à prendre l’avion.

Nouveau monde

Avec cette envolée pour Mumbai et les Indes un chapitre se clôt, celui du Moyen-Orient. Les six  mois passés dans ces pays à majorité arabophone et musulmane m'auront permis de côtoyer ces mondes de tout près, de mieux les comprendre (même si mes progrès en arabe sont honteux) pour mieux les apprécier. J’en ressort grandi, des rencontres et des paysages plein la tête, mon regard sur cette partie du monde est plus objectif. Maintenant il est temps de faire place à l'Asie. Un nouveau voyage commence...

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