Premières impressions indiennes

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Inde - Udaipur
de David Clément, le 23-05-2007

Premières impressions indiennes

Atterrissage dans une fourmilière
 
Terminal 1 de Dubaï, une file d’attente longue de plusieurs centaines de personnes s’est formée devant le comptoir d’enregistrement d’Air India. Malchance, c’est ma compagnie aérienne à moi aussi. A croire qu'ils déménagent tous à voir le capharnaüm trimballé, je me fonds dans la masse avec le vélo et mes 7 sacoches. Je n'aime pas voler avec Bouquette, c'est toujours la hantise de la réception des bagages et l'évaluation des dégâts. Bouquette sait que je l'envoie à l'abattoir, elle me regarde avec des yeux accusateurs tout en disparaissant sur le tapis roulant qui l’emmène à la soute.
 
Peu avant, un petit nerveux, l'air de rien essaie de me passer devant, c'est Augustino, le genre énervé toute l'année et toujours pressé. Après lui avoir expliqué "gentiment" où était sa place, nous sommes devenus bons amis. Il nous manage l'arrivée à l'aéroport de Mumbai avant de me dégoter un hôtel non loin de chez lui. Il m'aurait bien hébergé mais les 8m2 de son cabanon de jardin suffisent à peine à caser sa petite famille. Trois longues heures de taxi dans les embouteillages seront nécessaires pour arriver à bon port, Mumbai est énorme et surtout débordée par un trafic incessant. Avec ses 15 millions d'habitants c'est la plus grande ville d'Inde, ça pose les marques.
 

Mais la route m'appelle et je ne passe que deux jours dans cette fourmilière, essentiellement en compagnie d'Augustino qui me fait visiter son quartier, me présente à ses amis et me concocte son meilleur curry indien. Après cette excellente entrée en matière et avoir réparé les dégâts mécaniques je me jette à l'eau sur les routes indiennes dont j'ai entendu tant de mal. Pour un baptême de la conduite à gauche on aurait pu rêver mieux que la jungle urbaine de Mumbai. On fait avec.

 
La route indienne
 
J'emprunte l’autoroute nord pour les premières centaines de kilomètres. Le contraste avec le Moyen-Orient que je viens de quitter ne s’est pas fait attendre. Les femmes déambulent le ventre à l'air on est loin des fantômes du Yémen (ndlr voir article ‘voyage au pays de la reine de Saba’), et ce type-là, au bord de l'autoroute, vêtu avec ce que devait être l'ancêtre du string à fière allure. Je traverse une série malchanceuse de crevaisons, suis obligé de bricoler avec les vulcanisateurs locaux car je suis à court de chambres à air. De sacrés  bracaillons  mais j'arrive à rouler une bonne centaine de kilomètres avant la prochaine panne. La mécanique s'use, Bouquette restée plus ou moins muette jusque-là, me parle de plus en plus. La direction a grippé un peu et ce cliquetis inlocalisable du pédalier qui en fin de journée devient difficilement tolérable, sont autant de maux qui font leur apparition.
 
L’eau à la bouche
 
Après les lacunes culinaires abyssales des précédents pays, avec l'Inde je suis ravi. On me présente des cartes de menus au choix affolant, à s'y perdre. La combinaison d'épices est infinie, piments, coriandre, anis, clous de girofle, fenugrec, cannelle, cardamome pour n'en citer que quelques-unes. Spécialement dans cet Etat on cuisine purement végétarien.
 
Malgré mes précautions, mon sursis aura duré deux bonnes semaines avant d'attraper une turista de première catégorie, passage obligé pour tout voyageur prétendant séjourner dans le pays. Car l'hygiène est loin d'être au rendez-vous, j'ai en tête ce cuistot hachant des oignons sur un plancher à même le sol, juste à côté une vache se soulageant de quelques litres d'urine éclaboussait le tout, bon appétit, et surtout bonne chance... L’Inde c’est riche en couleur, mais en odeur aussi. Bonnes et moins agréables, comme ces usines chimiques qui dégagent une fumée me grattant la gorge et me piquant les yeux, je me demande bien quel gaz nocif s’échappe de là.
 
Exceptionnels(les) Indiens(es)
 
L’Indien est de nature calme et non belliqueuse. Heureusement, car la densité de populations pourrait générer de sévères guerres civiles. Mais sur mon chemin il est d’une curiosité crasse, pas le temps de poser le pied à terre qu’un essaim humain m’encercle. Il me regarde d’un air benêt quant il ne reste pas encore bouche ouverte. Systématiquement sonnettes, leviers de vitesse, boussole, compteurs, etc.… sont soumis à leurs tests stressants. L’idée de faire une distribution générale de baffes me traverse parfois l’esprit, mais je garde presque toujours mon sang-froid en me considérant comme invité et en me comportant de la sorte. L’essence même de mon voyage perdrait sa légitimité si j’affichais une quelconque agressivité. En dépit de ces petits détails fatigants, l’Indien est avant tout d’une gentillesse et innocence enfantine. Pas un ne me manque de respect, on m’invite et m’accueille les bras ouverts, quand ce n’est pas avec des couronnes de fleurs décernées par une délégation des autorités de la ville. Ils débarquent tous dans ma chambre sans préavis, normal pour eux, il faut comprendre comment ils fonctionnent. Leur pauvreté et simplicité me touchent. Sans complexes aucuns, on vous approche, vous touche, vous demande d’où vous venez, vous regarde faire pipi. Non, ces Indiens sont avant tout extrêmement attachants, même si parfois collants.
 
Sacrée Vaches sacrées...
 
L’omniprésence bovine dans les rues me noie dans une nouvelle ambiance typiquement indienne. Ici les vaches sont sacrées et si une a décidé de faire un sitting au milieu de l’autoroute c’est son droit et on ne la dérange pas. Elles sont nombreuses à végéter sur le bitume et on tourne omnivore depuis longtemps à force de faire les poubelles. Sur ma route, je traverse une ‘petite’ ville de cinq cent mille habitants, là c’est carrément un troupeau qui a décidé de transhumer empirant une circulation déjà scabreuse, à Godhra c’est la désalpe tous les jours!
 
Derniers lions d’Asie
 
L’Etat de Gujerat que je traverse actuellement héberge les derniers lions d’Asie. Une aubaine pour moi qui rêvais d’aller voir ces fauves de plus près. Je pars donc en jeep safari dans ce sanctuaire et plus grand parc national du pays. Nous sommes trois, le guide, le chauffeur et moi. Si ce parc ne recueillait pas les derniers lions d’Asie il serait probablement celui des oiseaux, il en recèle des milliers. On roule, on roule mais aucun lion en ligne de mire par contre, sangliers, daims et autres cervidés dont j'ai oublié sont légion. Mes deux accompagnons m’ont pris à partie et ils aimeraient bien m’offrir l’émerveillement d’une rencontre avec le prédateur. Mais les règles sont strictes, interdiction de quitter la voiture, le guide risquerait gros s’il me laissait sortir. Et pourtant, le chauffeur parti en éclaireur a débusqué une lionne de l’autre côté de la rivière. Le guide voyant mon excitation et enthousiasme débordants me laisse aller m’aventurer dans cette forêt à la poursuite du fauve. Les pulsions de mon coeur sont dans la zone rouge lorsque je me trouve face à face avec cette superbe lionne. Je prends quelques clichés, mais ce moment vaut plus que les pixels figés sur le capteur de mon appareil, c’est une expérience merveilleuse et puissante, quelque chose de rare qui me rappelle ô combien privilégié je suis. Dans l’après-midi, c’est en vélo que je fais le safari, je dois traverser une partie du parc pour me rendre à Diu, une des trois villes anciennement colonisées par les Portugais en Inde. Sachant que les lions font la sieste aux heures chaudes de la journée, l’adrénaline est à son comble et je scrute la forêt au cas où je serais amené à rencontrer un gros chat…        
 
Maintenant place au Rajasthan, au revoir, à bientôt.

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