Indonésie Sumatra, épisode 1

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Indonésie - Sumatra, Bandar Lumpung
de David Clément, le 18-06-2008

Indonésie Sumatra, épisode 1

Débarquer en Indonésie Jour J de l’entrée en Indonésie. Toutes les petites formalités sont réglées, le billet du ferry pour Sumatra en poche, tout semble se fagoter parfaitement. Pourtant, au moment où je saisis les cornes de Bouquette, un petit détail vient bouleverser cette harmonie: Le pneu avant est déchiré... Je n’y crois pas, un pneu acheté à Bangkok, fait main en Allemagne, qui m’a coûté les yeux de la tête. Je pensais être tranquille pour dix mille kilomètres au moins ! Pas question de rester un jour de plus sur sol malaisien, ma tête est déjà à Sumatra. La traversée du détroit de Malacca qui dure trois petites heures me laisse le temps de réfléchir à la solution adaptée. Mais je ne maîtrise que peu de choses, rien ne dépend de moi, on se lance et on verra bien sur place.  Le hasard fait bien les choses, je suis définitivement chanceux, même si quelques fois dans l’effort pénible j’accuse Murphy, il faut voir la réalité en face, je suis chanceux. Dès la jetée de l’encre aux abords la ville industrielle de Dumai, me voilà aussitôt plongé dans le monde indonésien. Le stress est un fléau qui ne les a pas encore atteints, ils te mettent à l’aise, aiment bien les touristes apparemment, certains un peu aussi pour le bakchich potentiel. Je n’ai pas passé la douane qu’un type me prend en charge sur son scooter, après avoir changer quelques Euros en Rupiah et visité deux trois magasins de vélos nous dénichons un pneu made in Indonesia pour Bouquette qui lui va comme un gant. Moins de quatre dollars l’unité, à ce prix-là je peux changer souvent. Nous voilà prêts à partir à la découverte de la 6ème plus grande île du globe.  La partie est de ces latitudes est relativement plate, chaleur étouffante humidité élevée. La route bien fréquentée, mais je m’attendais à pire. De précédents voyageurs m’ont mis en garde quant au lourd trafic des routes indonésiennes et à ces habitants qui pouvaient vite devenir harassants. Pour l’instant, c’est acceptable, de toute façon je suis prêt. Physiquement et mentalement, sur mes gardes, vigilant, je ne me tolérerai aucun dérapage comme celui qui s’est produit en Inde, il y a déjà une année de cela, les conséquences en sont bien trop lourdes. Tout en roulant à travers cette région pétrolifère, je découvre les nombreux puits d’où sont extraits des milliers de barils d’or noir. L’étroite route est monopolisée par les camions citernes, un pipeline longe la chaussée également. Je roule jusqu’au soir avant de demander aux locaux un coin de terrain pour poser ma tente, d’agréables rencontres me faisant découvrir peu à peu la culture locale. En route sur les hauteurs, hello Mister, where are you ? Cette région à l’attrait touristique relatif touche à sa fin. J’aborde les premiers contreforts montagneux. Avec eux une pluie quasi quotidienne bienvenue vient me rafraîchir et me laver aussi... Le paysage gagne en beauté. Mon chemin passe de petits villages, ma venue est loin de passer inaperçue : « Hallo Mister, Hallo Mister, how are you, etc... », ils veulent tous pratiquer les trois mots d’anglais qu’ils ont appris à l’école. Même ceux qui n’ont aucune connaissance d’anglais s’y mette spontanément, ça donne des tournures rigolotes me laissant éclater de rire au passage : « Where are you Mister ? » (Ou êtes-vous, monsieur), ou « What are you ? » (Qu’est-ce que vous êtes monsieur ?), et j’en passe... Ces Indonésiens et Indonésiennes ont une pêche incroyable, je suis bombardé de sourires, d’attitudes chaleureuses, pas une seule situation méprisante à mon égard. La beauté esthétique des filles me fait chavirer, arriverai-je à traverser l’île sans tomber amoureux ? Le bon dans ces pays plus « pauvres » c’est que les gens savent encore prendre le temps pour ne rien faire, ils apprécient leur existence, n’ont pas encore assimilé les vices malsains de la société de consommation qui rend les gens malheureux. Quand ils vous croisent et vous parlent, ils sont présents avec vous dans leur totalité. A grande majorité de confession musulmane, les valeurs de la famille sont profondément encrées. On me demande tout d’abord mon nom puis, si je suis marié. Pour eux, c’est l’unique projet d’avenir, créer une famille et avoir beaucoup d’enfants et c’est dire s’il y en a beaucoup, les bébés pullulent ! Je n’ai jamais eu autant de facilité à trouver un endroit pour passer la nuit, on m’invite souvent avant que j’exprime quoi que ce soit, ou alors je demande à la police où puis-je poser ma tente, toute fière de m’aider elle me dégotte à coup sûr un bon plan. L’hôtel est le bienvenu si j’ai besoin d’un peu de calme car répondre à toutes ces questions sur vous me vide de mon énergie. J’essaye de m’initier au rudiment de cette langue pourtant facile, mais l’apprentissage est lent et laborieux. Le coût de la vie est insolemment bon marché, spécialement pour manger. Pas de menu, lorsque vous entrez dans un restaurant vous dites juste que vous voulez manger, sinon vous avez aussi l’option de vous rabattre sur un petit vendeur en charrette ambulante pour un saté à pas piquer des verres. Les plats sont en exposition derrière des vitrines, à la merci des insectes des alentours. J’étais, dans un premier temps, très septique de cette façon de faire, connaissant mon estomac comme mon talon d’Achille. Pourtant, durant tout mon séjour sur Sumatra je me suis régalé, aucune bactérie ni parasites à signaler, deviendrais-je immunisé ?  Changement d’hémisphère, vers le Haut volcan Dans cette jungle équatorienne, le passage de la latitude zéro me réjouit particulièrement. Pour la première fois en vingt et un mois de route, je bascule dans l’hémisphère sud. Le paysage est prenant, dans ces montagnes canyons et rizières se côtoient, les maisons typiques de l’île de Sumatra avec leurs doubles toits cintrés comme une coque de bateau viennent donner une touche finale d’exotisme. Je m’arrête trois jours dans la charmante bourgade de Bukittinggi, littéralement « haute colline ». A neuf cent mètres d’altitude l’air y est meilleur. L’aventure continue plein sud, par la zone montagneuse. Des décors à me couper le souffle qui l’est d’ailleurs souvent aussitôt qu’une forte pente fait son apparition. Au niveau d’un carrefour stratégique, où je me suis invité pour passer la nuit dans un centre de formation pour fonctionnaires, deux choix s’offrent à moi : Soit la côte ouest et l’océan, soit les montagnes en direction du plus haut volcan de l’île. Le soir, il pleut des cordes et si le temps est mauvais je n’irai pas me les geler en montagne. Au petit matin le ciel est totalement dégagé, je prends la route pour le volcan. Je suis plongé dans des océans de verdure, routes escarpées mais magnifiques où les efforts sont largement récompensés. A ces hauteurs, les plantations de thé sont considérables. J’aime les montagnes, les gens y sont toujours plus solidaires et chaleureux, je vis des rencontres merveilleuses avec cette tendre population. Le volcan Kerinci se fait de plus en plus majestueux. La route qui mène à son pied est d’une déclivité trop forte. Même sur le plus petit rapport de vitesse, debout sur le vélo, je dois faire des pauses tous les cinquante mètres. Deux indigènes au volant d’un camion benne me font signe de monter, qu’elle aubaine. D’habitude, si je suis en bonne forme je refuse les « lift », mais là l’opportunité était trop belle. Je me fais déposer dans un village quelques kilomètres plus loin. C’est l’heure de trouver un endroit pour dormir, je demande un peu à tout le monde où puis-je poser ma tente dans le but de me faire inviter, et ça marche bien sûr. Ce soir, je vais chez Latif, il parle bien l’anglais ça sera plus facile. Sa maison est très sommaire, il n’y a pas de toilette, faut aller au ruisseau à cinquante mètres. Tout dévoué, il se propose pour me servir de guide dans cette région de Kerinci, et sans un sou en échange. J’accepte bien sûr ! Le volcan a une altitude de 3805 mètres, il est le point culminant de l’île. Bien évidemment, l’idée de joindre le sommet me titille l’esprit depuis quelques jours. Latif m’avise qu’il faut un permis pour pénétrer dans la réserve du volcan. Nous nous rendons aussitôt chez les personnes compétentes mais malheureusement je n’obtiendrai pas le feu vert pour l’ascension. Les motifs ne sont pas très clairs, probablement pour des raisons de sécurité dues à l’état du chemin, beaucoup de boues en cette saison de pluies abondantes. Le pied du volcan rejoint un petit plateau situé à mil cinq cent mètres d’altitude. Les plantations de thé et les différentes cultures et vergers grignotent toujours plus sur les pans du volcan, restreignant ainsi toujours plus l’habitat du majestueux tigre de Sumatra. Pas facile d’en voir un, Latif en a vu un à deux reprises dans les alentours de son village, mais il y a quelques années déjà. Cette réserve reste cependant la plus grande de Sumatra et encore pas mal d’hectares de forêt originelle restent intacts. Espérons qu’il en soit ainsi pour les années à venir, que les autorités de protection des réserves puissent faire leur travail malgré la forte corruption gangrenant ce beau pays. Je passerai à nouveau des moments de privilégié, à me faire présenter aux nombreux membres de la famille, aux profs d’école où je participe même à l’enseignement de l’Anglais, ou lorsque j’irai me laver au bassin commun, blanc comme un linge du haut de mon double mètre, autant dire que j’étais l’attraction de l’après-midi. La frénésie du portable n’a épargné aucune région, même les plus pauvres en ont un. Aujourd’hui, tous les portables sont munis d’une camera, on me mitraille, tout au long du voyage. Je fais mes adieux à Latif et sa charmante famille pour me diriger vers la côte ouest et l’Océan indien. Il me faut encore passer un col à travers ce parc national, royaume du tigre. Dans la descente, le ciel se noirci, un orage se prépare. Quelques minutes plus tard c’est le déluge, des trombes d’eau à n’en plus finir. La route se transforme en rivière et ne se distingue plus des rizières voisines. Ces conditions m’amusent et Bouquette goûte aux joies du sport aquatique. Côte ouest En rejoignant la côte, je m’imaginais une route plate pour mil kilomètres environ, distance jusqu’au sud de l’île avant de bifurquer sur Java. Grosse désillusion, la route est sympa, traversant des kilomètres de plantations de palmeraies, mais méchamment accidentée de petites collines. C’est aussi le retour de la chaleur étouffante. Je rejoins Bengkulu, chef-lieu de la province du même nom. Je suis en train de chercher un hôtel quand une Indonésienne en scooter avec deux enfants me parle en allemand tout en roulant. Elle m’invite chez ses parents, ils ont une chambre d’invités. Elle fut jadis mariée à un Allemand, aujourd’hui divorcée elle est retournée en Indonésie. Ces gens sont très ouverts et amicaux, à disposition comme tous les Indonésiens, ils ont le temps. Ca se corse, deux jours plus tard au moment de partir, ils me demandent de payer une somme surfaite pour mon séjour chez eux, j’étais vert ! Quelques centaines de bornes plus loin, je refais une petite escale dans ce qu’on pourrait appeler un hôtel « all inclusive ». Vous êtes à Krui, petite ville charmante au bord de l’océan. La raison d’être de cet établissement n’est autre que les vagues idéales à la pratique du surf. Pour treize francs par jour, j’ai mon joli bungalow et trois repas compris. L’endroit est d’un paisible, j’y resterais bien jusqu’à la fin de la validité de mon visa. Relevons que cette région fait partie des meilleurs « spots » pour surfer, tout particulièrement les îles au large de la côte de Sumatra. Je découvre avec intérêt le monde du surf et sympathise particulièrement avec un surfeur anglais. Après de longues théories, je décide de me jeter à l’eau avec Malcolm qui me guide. Les conditions sont bonnes mais pour surfeurs avertis, mon essai est un fiasco total. L’expérience se limite à pagayer sur la planche et essayer de m’asseoir dessus sans tomber. Le fond de la mer est tapissé de pierres et coraux, je m’en sortirai avec justes quelques jolies égratignures. A quand la revanche ?! L’extrême sud de l’île se rapproche. Il me faut encore passer une colline qui me videra de toutes mes forces. Le problème est toujours le même, si la route est trop pentue, l’effort à développer pour monter les cent cinquante kilos des deux protagonistes est colossal. Il s’agit également d’une région protégée, recelant encore quelques éléphants et rhinocéros. Je m’arrête au sommet, extenué, mangeant toujours la même chose en écoutant une vieille me parler en dialecte Lampung - auquel je ne comprends rien - tout en écossant ses clous de girofle destinés à parfumer les fameuses cigarettes indonésiennes. Les hommes indonésiens sont des fumeurs invétérés, en disant que nonante-neuf pour cent d’entre eux fument je ne devrais pas être loin du compte.  Autre nouvelle, le pneu acheté lors de mon arrivée s’est abandonné, se déchirant un peu partout. Il aura quand même tenu plus de mil kilomètres, relevons le rapport prix performance quand même. Il s’est lâché lorsque que je roulais au plat et à petite vitesse. Que ce serait-il passé s’il avait pété quelques kilomètres en amont lorsque je dévalais la colline ventre à terre ? Je préfère ne pas y penser, mais toujours quand je crève c’est au plat ou à petite vitesse, vraiment, mes anges gardiens sont blindés. Place à Java ! 

Une étape de vélo me sépare du ferry qui m’emmènera sur l’île de Java. Mon expérience à Sumatra a été fantastique, même si je ne suis pas allé voir les Orangs-outans ou le fameux Lac Toba, ce merveilleux itinéraire que je me suis tracé à travers l’île restera pour toujours un hommage à la magie de la spontanéité.

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Commentaires sur cet article
Gilles RAtia
C'est incroyable cela !!! On s'est rencontré 5 ou 6 fois depuis le Tibet et tu es encore devant moi, alors que je roule avec une grosse moto BMW ?!? Je suis actuellement à Penang (31 juillet 2008) en Malaisie. Certes, je suis le motocycliste le plus lent de la terre, mais toi, malgré les pentes ardues et les pneus de m. qu'est-ce que tu gazes ! Bravo. Super aussi la prose dont tu fais bénéficier les surfeurs de ton blog. J'ai retrouvé mes impressions du Laos, du Cambodge et de la Thaïlande.
Si nous ne faisons pas un voyage, mais si c'est plutôt ce dernier qui nous fait, que serons-nous à la fin de nos grands périples ? That's the question...
En attendant, j'espère bien te rattraper au Timor ou en Australie. Aller, je quitte ce cybercafé et j'enfourche ma Gazelle !
Amitiés,
Gilles (à suivre sur www.worldbees.com)
 
frère eric
Bonjour cher David

Un grand "Merci" pour tous ces magnifiques reportages de votre "excursion" jusqu'aux confins de la terre.Je remercie le Seigneur et je le loue de ce qu'Il vous protège et guide si merveilleusement sur tous ces sentiers lointains d'un monde bien souvent trop agité et imprévisible ...
En vous portant toujours dans mes prières, je vous transmets, cher voyageur, toutes mes pensées fraternelles et sincères ...
Au revoir et que Dieu vous bénisse

votre frère eric
 
Odile et Dominique Delauney
Bonjour! Ton journal de Malaisie nous a rappelé des souvenirs (hormis la fréquentation de la jeunesse estudiantine qui n'est plus de notre âge !) et celui de Sumatra -que nous ne connaissons pas- nous a fait rêver. Nous voyons que ton dynamisme, ton humour, ta disponibilité aux rencontres et à l'aventure, et ton audace et ton bon sens réunis, ne te quittent pas, ce dont nous ne doutions pas ! Bonne, excellente continuation. Tu ne vas sans doute pas manquer le lever de soleil à Borobudur ni la descente dans le ;cratère du Kawa Idjen. Amitiés. Odile et Dominique.
 

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