| Yunnan du sud, clôture du chapitre chinois C’est dans la région du Xishuangbanna (j’adore ce nom), que les dernières centaines de kilomètres sur sol chinois se closent. Ici, ça ressemble déjà au sud-est asiatique, la végétation, le style de vie plus décontracté pour la Chine et, surtout, température et humidité me donnent le vrai sentiment d’entrer sous les tropiques. Les Chinois construisent bâtiments et autoroutes à une allure folle, telles que les cartes routières n’ont pas le temps d’être mises à jour et je m’équivoque sur la route à prendre. Des ouvriers de la construction m’invitent à partager la potée de la mi-journée en essayant tant bien que mal de m’expliquer le chemin à suivre. Des choses toutes simples mais, quand le langage de la parole et celui des signes n’est pas le même quelle confusion. Plantations de bananiers à perte de vue, champs d’ananas, et forêts d’arbres à caoutchouc plantent le décor, c’est qu’il faut le nourrire ce milliard trois cent millions de bouches! La réserve du Xishuangbanna est une luxuriante jungle. Je n’en avais jamais vu de pareille, la route se déroule sinueusement tel un serpent géant entre ces petits monts verts. Mais déjà l’énorme autoroute en construction, tracée en droite ligne entre tunnels et ponts vient défigurer le paysage. Cette forêt hébergeait des tribus vivant dans les arbres où leurs maisons y étaient accrochées. Un site répertorié au patrimoine mondial propose de découvrir ces peuplades. La curiosité m’incite à payer un prix surfait pour entrer dans ces lieux. Comme supposé, il ne reste plus rien d’authentique même si les acteurs sont des descendants de ces tribus et qu’ils parlent encore une langue locale, le site ressemble plus à un Disneyland qu’à une visite anthropologique. Laos du nord et tribus autochtones La République populaire démocratique du Laos est d’un contraste violent avec son voisin l’ogre chinois. Une population très dispersée, composée essentiellement de paysans qui, pour la plupart, vivent dans des maisons en bambous d’une simplicité déconcertante. Les villes ou plutôt villages sont à une autre échelle. Dès les premiers jours, je tombe amoureux de cette tranquillité et gentillesse du peuple Laotien. On vous fait vous sentir bien ici, la vie est paisible et on n’y ressent aucun stress ambiant. Même si leurs moyens sont très modestes, les Laotiens et Laotiennes m’apparaissent comme des gens heureux et harmonieux. Le nord du Laos abonde de différentes peuplades autochtones. Chaque voyageur, un peu aventurier dans l’âme, rêve d’un contact avec ces gens aux traditions séculaires. Et c’est bien là le problème car un tourisme trop important est la garantie certaine de leur mise à mort. Je passe donc par une agence certifiée dans le tourisme équitable afin que la vie de ces gens ne soit affectée le moins possible par ma visite. Perdues dans les collines à plusieurs heures de marche du dernier chemin carrossable, de petites communautés vivent là, à la manière de leurs ancêtres. Il y a comme un décalage lorsque je vois déambuler ces femmes aux seins nus coiffées d’un chapeau hautement décoré. Dues aux végétaux qu’ils chiquent, leurs dents et lèvres sont de couleur rouge sang, leur conférant une allure surréaliste. Je passe la nuit dans une hutte à proximité du village. Son assistant-chef vient nous trouver et nous parle de leurs organisation et culture. Je suis surpris par leur ouverture d’esprit, dans certains domaines comme celui de l’égalité homme-femme, ils peuvent encore nous donner quelques leçons! Mon rythme de croisière s’est automatiquement ralenti et s’harmonise avec l’entourage. Bon nombre de voyageurs occidentaux croisent mon chemin, heureux de pouvoir m’entretenir avec eux et débattre de sujet généraux, car je n’avais plus eu l’occasion de le faire depuis longtemps. Je m’égare encore un peu plus profondément dans le nord. Une fête importante réunissant les ethnies alentours prend place ; une opportunité pour découvrir encore mieux comment ça se passe ici. Formidables routes laotiennes Poursuivant tranquillement vers le sud, je rencontre d’autres cyclos (voyageurs à vélo dans le jargon des baroudeurs). Nous continuons ensemble. La dernière fois que j’ai fait route commune c’était au Soudan… J’apprécie ces moments où, lorsqu’on est à plusieurs, les petits soucis du style où vais-je dormir deviennent superflus. La route principale pour la capitale est en réalité une route secondaire au trafic négligeable. L’état de propreté me surprend, notons qu’ils n’ont pas le loisir d’acheter moult produits emballés. Jamais l’accueil n’a été aussi chaleureux, les enfants et même adultes et aînés s’arrêtent pour nous saluer d’un “ Sa-bai-di” avec un large sourire qui en dit long. Passer la nuit n’est pas un problème, les gens nous invitent les bras ouverts dans leur cabane de bambou, sinon on pose la tente n’importe où, au pire les guest house sont très bon marché. Les nuits se sont étonnamment rafraîchies et le sac de couchage devient indispensable. La journée, les conditions pour pédaler sont optimales et je vis parmi les plus agréables de ce voyage. J’arrive aux abords d’une grande rivière, affluant du Mékong. Sans vélo, je remonte la rivière en pirogue jusqu’à un village accessible que par la voix maritime ou à pied. Le décor est splendide avec des montagnes abruptes comme plantées intentionnellement ici par quelqu’un. Je m’évade dans cette nature, découvrir quelques petits villages. Le temps n’existe pas vraiment ici, le soleil dicte le rythme. J’y resterai bien, pour une semaine, un mois ou une année… Avec Bouquette on a envie de changer un peu. Nous embarquons dans une pirogue à moteur jusqu’à Luang Prabang, ville du bord du Mékong. La cité est une charmante bourgade aux vestiges coloniaux bien conservés. L’intérêt touristique dont jouit la ville encourage la rénovation de bâtiments d’époque et c’est tant mieux. Je passe d’agréables moments ici, me restaurant à merveille comme toujours lors d’un arrêt dans une ville. Mais il y a trop de touristes, quasiment plus nombreux que les locaux. La route qui me conduit à la capitale Vientiane est d’un paysage remarquable. Même si fortement vallonnés, les mil sept cent mètres de dénivelés de la journée passent comme étape de routine. J’ai la grande forme, mais ça ne durera pas, ces sales bêtes de parasites ont décidé de me coloniser. Dès les premiers symptômes, je les soigne avec le traitement adéquat. C’est que je commence à avoir pas mal de bouteille dans ce domaine. Que faiblement atteint, après quelques jours j’ai déjà oublié l’épisode. Si les routes laotiennes sont peu fréquentées par les véhicules locaux, les cyclos par contre sont légion. Je rencontre un couple d’Autrichiens avec qui j’irai jusqu’à la capitale. Le courant passe bien entre nous et les discussions philosophiques coulent à flot. Nous nous arrêtons dans la petite ville de Vang Vien. Totalement transformée en paradis pour jeune Backpacker, elle offre toutes les facilités occidentales. L’endroit est féerique. Victimes de leurs succès, les vices importés par le tourisme pullulent. La sono résonne des kilomètres à la ronde. L’attraction favorite est la descente de la rivière en bouée. Toutes les centaines de mètres un stand à boissons alcoolisées a été installé, les jeunes vacanciers commencent la descente vers midi pour terminer ivres au crépuscule. Belle image occidentale pour ces Laotiens aux valeurs si belles. Faisant abstraction de ce sombre côté, les possibilités d’activités sont exceptionnelles. Vientiane bien que capitale, ressemble plutôt à une ville provinciale. Ici aussi, le temps ne semble pas être synchronisé avec le reste du monde. Technologies et infrastructures modernes sont bien présentes, mais le stress qui en découle n’a pas encore été assimilé par les Vientiannais, pourvu que ça dure! La ville est propre, le trafic léger et, point à relever, ils n’utilisent pas le klaxon au Laos! Même s’il n’y a pas grand chose à voir, la ville est très agréable, au rythme de la dolce vita et des spécialités culinaires françaises, colonisation oblige. Transit thaïlandais C’est bientôt les vacances de Noël. J’ai le privilège d’avoir été invité par Melissa, une amie connue lorsque je vivais à Zurich. Les fêtes de Noël et du Nouvel-An je les passe aux Philippines. Il me faut maintenant trouver un endroit pour y déposer Bouquette pour un bon mois car, malgré son mécontentement, elle ne m’accompagnera pas. Après quelques péripéties, je me rabats finalement sur la poste principale de Vientiane où elle devrait être bien traitée. Ils me la gardent à prix dérisoire. C’est donc muni de deux petits sacs à dos et d’un appareil photos que je voyage dorénavant. Je dois me rendre à Bangkok pour voler vers Manille. Tout d’abord par le pont de l’amitié sur le Mékong qui relie le Laos à la Thaïlande. Ensuite, en train, je me rends jusqu’à la ville de Korat ou Rakhon Ratschasmia qui exactement à cette période héberge les SEA games. Dix pays du sud-est asiatique y participent, s’affrontant dans quarante disciplines sportives. Mais à Korat, je m’y suis surtout arrêté pour rencontrer un copain d’enfance pas revu depuis une vingtaine d’années. Il y travaille depuis six ans. C’est grâce à nos mamans respectives qu’on a réussi à nous retrouver. Nous avons bien changé physiquement mais toujours les mêmes dans la tête. Nous prenons un plaisir fou à nous remémorer nos crasses d’enfance. Nous discutons beaucoup. Après quelques jours passés chez lui et son amie thaïlandaise, je me dirige vers la capitale Bangkok, pays à elle toute seule. Enorme ville surexcitée, j’avais eu l’occasion de la découvrir lors de mon premier voyage d’affaires en 2001. Je profite du système du couchsurfing (www.couchsurfing.com) pour dormir gratuitement dans le centre ville. Noël philippin Lors de mon arrivée à l’aéroport de Manille, Melissa qui vient d’arriver de Suisse est là pour m’accueillir avec sa cousine Jing. Avec Mel on s’était dit adieu à Istanbul. Quel plaisir de la revoir. Dès ce moment, je me ferai prendre en charge de A à Z par cette chaleureuse famille. Plus de soucis de savoir où je vais dormir et manger pour les trois semaines à venir. L’endroit où a grandi Melissa est un petit village à trois cents kilomètres au nord de Manille. Perdus dans la nature au pied d’une petite chaîne de montagnes on s’y sent bien. Les préparatifs pour Noël vont bon train, surtout au niveau culinaire avec la saignée d’un cochon. Tous les membres de la famille mettent la main à la pâte. Il y a juste moi qui regarde. Notons que les Philippins, principalement de religion chrétienne dans le nord, sont très pratiquants. Un des héritages de leur passé colonial espagnol. Programme pour le soir de Noël : festin et karaoké, le sport national aux Philippines. Jusqu’au Nouvel-An, je vais découvrir le nord de l’île de Luzon jusqu’au mausolée de Ferdinand Marcos, ex-président mort en mil neuf cent huitante-neuf. Peu de vestiges coloniaux ont survécu, les tremblements de terre, les incendies, les guerres ont eu raison d’eux. Pour Nouvel-An nous sommes de retour à Manille. Le karaoké s’impose à nouveau, perturbé par un vacarme incessant de pétards et fusées. Les Philippins sont reconnus pour leur gentillesse et je peux confirmer. Dès le lendemain, avec Melissa nous volons vers une minuscule île paradisiaque*. Pour planter le décor c’est l’endroit où avait été réalisée la publicité pour les barres de chocolats bounty (R), plages de sable blanc fin et forêts de cocotiers. Un ressourcement total dans cette petite île que nous irons même explorer en scooter. Mais toute bonne chose à une fin (tout comme les mauvaises d’ailleurs) et le temps des séparations avec le retour chez soi arrive, déchirant. *Les Philippines sont composées de 7107 îles!
Retour à la case départ Le retour sera très expéditif. Une nuit obligée à Bangkok puis le train de nuit m’emmènera jusqu’à la frontière laotienne. Peu après, j’y retrouve Bouquette, heureuse de me revoir tout comme moi. Après un mois de vacances de rêve, il est temps pour nous de continuer notre fabuleuse aventure commune, nostalgique des belles choses vécues. A présent, le Mékong que je vais suivre jusqu’au Cambodge guidera ma route… |