| Nord-Ouest de la péninsule, entrée au pays La Malaisie fait partie des pays dont je ne connais pas grand chose. Quelques anecdotes de routard ci et là, à peine quelques photos. Et c’est très bien comme ça, je vais pouvoir me laisser surprendre sur sa totalité, sans trop de préjugés sur ce nouveau pays qui m’ouvre ses portes. Portes qu’il m’ouvre grandes, c’est le 26ème pays que je rencontre et administrativement le moins compliqué. Au poste de Thale ban, perdu dans les petites collines d’une belle réserve naturelle, on me délivre un permis de séjour de nonante jours sans déverser un centime, merci les Malais. Juste après la frontière, une sévère montée à laquelle je ne suis plus habitué semble me souhaiter la bienvenue. Au sommet, la récompense est de valeur lorsque je vois la vallée accidentée de quelques montagnes en pain de sucre et le Détroit de Malacca à l’est. Je m’élance à toute allure comme voulant faire d’une bouchée de la péninsule. L’extrême Nord est peu touristique, la religion musulmane prédomine. Bien différente toutefois de ce que j’avais côtoyé dans le Moyen Orient. Même si le conservatisme est bien présent, le contact est aisé avec les hommes et aussi, chose inexistante en Moyen Orient, avec les femmes. Elles m’abordent avec le sourire en langue anglaise et m’invitent à venir déguster le nasi goreng maison de leur gargote. Malaisie, pays hybride et bridé Avec son passé colonial, entre Portugais, Hollandais et Anglais, sans oublier la forte immigration chinoise depuis deux cents ans et le taux non négligeable d’Indiens, la Malaisie est un pays atypique. Chaque grande ville possède son « Chinatown » respectivement son « little India«. Il aura fallu à ce pays pas moins d’un quart de siècle pour passer de pays sous-développé à développer, merci l’argent des forages pétroliers hors bord. Empruntant ses routes, je ressens son passé, tantôt des infrastructures modernes aux supermarchés gigantesques, tantôt le fonctionnement de petits commerçants ambulants, un fonctionnement à deux vitesses. Les Malais musulmans contrôlent le pays politiquement. Ils y dictent les lois et veillent surtout à se garder la plus belle part du gâteau, j’entends par exemple l’exclusivité de Malais musulmans dans l’administration et les travaux étatiques ou les subsides versés qu’à leur communauté. Les Chinois ne sont pas en reste et même s’ils représentent « que » un quart de la population ils tiennent les reines de l’économie. Les Indiens, non présents en politique et faibles économiquement récoltent les miettes et n’ont qu’à bien se tenir. Ce mélange culturel met de la couleur dans la vie malaisienne. Superficiellement, les majorités ethniques se côtoient, se tolèrent, mais peu d’échanges plus profonds. Dans chaque partie, peu d’intérêt pour l’autre, chacun développe ses écoles ou ses magasins. Côté nature, le climat y est hyper humide. Nous sommes proches de la ligne équatoriale, et le temps est plus ou moins le même toute l’année. Le pays est recouvert de forêts tropicales ou l’était car, comme un peu partout, la déforestation a fait rage sur soixante pour cent des forêts, remplacée en grande partie par des palmiers et hévéas pour le juteux commerce d’huile de palme et de caoutchouc. Pas étonnant qu’il soit dans les deux domaines premiers producteurs mondiaux ! Grâce à mon moyen de locomotion peu bruyant, je découvre également la faune qui se défend tant bien que mal dans son habitat dénaturé, lézards géants*, singes, oiseaux, grenouilles, sortes d’écureuils, scarabées à cornes, moult serpents malheureusement souvent en 2D sur la route. Dans les agglomérations c’est le royaume des chats très présents en Malaisie. *Mesurant environ 1,5m de long, une tête de 10cm de large, je les ai rencontrés dans les points d’eau le long de la route, si quelqu'un connaît le nom qu’il m’en informe, merci ! Georgetown, l’île de Penang Après quelques jours de route, j’arrive près de l’île de Penang. Georgetown est la grande ville qui y loge. Situé non loin de la côte, un pont de treize kilomètres et demi, le plus long d’Asie du Sud-est, la relie au continuent. Interdit aux vélos, avec Bouquette on se rabat sur le ferry, tout aussi efficace et rapide. Depuis des mois de voyage je n’avais plus rencontré de ville coloniale de cette taille. Georgetown est une ville très vivante aujourd’hui, à grande majorité chinoise, mais possède aussi son quartier indien. Au XIXème siècle, les Anglais y avaient fait un centre d’échange maritime important et la ville subit une expansion fulgurante. Après avoir été quelque peu délestée, elle a retrouvé une nouvelle jeunesse avec l’industrie microélectronique et le tourisme. Très agréable de se promener dans ces rues où, sans efforts, on se replonge deux siècles auparavant. Une atmosphère spéciale s’en dégage, celle de la nostalgie d’un riche passé, mélange avec le dynamisme et l’engouement actuel. La fraîcheur du haut pays des Camerons Quelques jours de route supplémentaire m’emmène vers les collines d’une petite région montagneuse au centre de la péninsule. L’ascension débute depuis la ville d’Ipoh qui, elle aussi, détient quelques vestiges historiques, entre autres, dus aux mines proches. Mais détient aussi la triste réputation de ville pas très sûre non plus. Des cyclones me précédant de quelques mois en ont fait les frais, en se faisant dérouter par des brigands se faisant passer pour des policiers. Sur mes gardes donc, j’attends le jour pour m’élancer, un spray au poivre dans chaque poche et le couteau prêt à l’usage. Chanceux comme d’habitude, je ne croiserai que des gens aux nobles desseins sur cette nouvelle route serpentant les collines à travers une jungle originale luxuriante. La montée est rude, heureusement l’air se rafraîchit au fur et à mesure que je gagne de l’altitude. Pour se désaltérer il suffit d’aller mettre la tête sous une cascade, l’eau est si fraîche ici. Les averses deviennent fréquentes à présent, me trempant jusqu'à l’os. Je passerai quelques jours rafraîchissants dans cet océan de verdure, où plantations de thé et fraises foisonnent. C’est au temps de l’occupation anglaise déjà qu’on venait ici pour se faire une cure, loin des chaleurs étouffantes et humides de la plaine, les Malais perpétuent cette tradition. Mon passage dans les camerons Highlands coïncide avec celle d’une fête indoue. De jeunes hommes en transe, la peau du dos percée de crochets de métal reliés à des cordes parcourent plusieurs kilomètres jusqu'au temple. Je me joins à cette fête et aux Indiens chaleureux, quelque peu en décalage avec le décor. Couchsurfing à Kuala Lumpur La descente vers la plaine n’est pas sans accros. Je crève 2 fois, mes chambres à air sont pourries. Je goutte aux joies du « rustinage » sans la pluie tropicale mais toujours avec le sourire. Quelques villages de malais indigènes sont implantés non loin de la route, j’en visite un ou deux, tout le décalage d’un pays au développement paradoxale. Pas question de continuer jusqu'à la capitale avec ces chambres à air défectueuses. Je rejoins la première gare ferroviaire, passe la nuit dans le bureau du chef de gare en attendant l’unique train prévu à trois heures du matin qui n’aura finalement que deux heures de retard. Arrivé à Kuala Lumpur, un peu glauque, je tente de trouver mon chemin dans cette jungle de routes multipistes à échangeurs autoroutiers énormes. Grâce au réseau couchsurfing, je loge dans un spacieux appartement d’une tour de quarante étages chez de jeunes étudiants français. Très à l’aise grâce à eux, je côtoie vite la communauté estudiantine étrangère du quartier, les fêtes arrosées et les baignades nocturnes à la piscine de l’établissement accompagnées à la guitare sont le quotidien ici. Je fais la connaissance de beaucoup de monde, spécialement des Malais d’origine chinoise mais aussi des gens étrangers travaillant ici. Contrairement aux autres pays moins développés, ici le contact que j’ai avec les locaux est à pied d’égalité, et non pas d’indigène à touriste comme à l’habitude. Intéressante expérience, j’ai l’impression d’habiter ici plus que de visiter. A l’ombre des imposantes tours Petronas, dans un parc tranquille c’est tout un esprit de couchsurfeur que se retrouve. Côtés administratif et intendance, on me délivre un visa indonésien de deux mois. Je vais me retirer pour une dizaine de jours pour la quatrième fois depuis le début du voyage dans un centre de méditation. Je prends soins d’amener Bouquette chez le vétérinaire avant mon départ. Beaucoup de choses ont changé de nouveau, l’axe du pédalier à du jeu, la chaîne ainsi que la cassette arrière et les plateaux avant ont rempli leur fonction également. C’est un grand service des vingt mil kilomètres. Dès mon retour de méditation, je squatte encore pour une petite semaine chez mes amis, j’attends aussi un paquet de matériel soigneusement préparer par ma maman et ma sœur. Dire au revoir à ce beau monde côtoyé à KL comme on dit ici me pince le cœur, quels gens fantastiques j’ai pu côtoyer. En petite forme due à quelques jours de fièvre et d’angine, je passe chercher bouquette, soignée, elle est prête pour continuer l’aventure. La sortie de KL ne sera pas des plus ludiques, à force de faire demi-tour sur l’autoroute pour ne pas devoir aller tourner 10 kilomètres plus loin au prochain échangeur routier. Malacca, embarcation immédiate pour Sumatra Malacca sera ma dernière escale malaisienne. C’est une charmante ville coloniale très prisée des touristes Malais, Singapouriens et autres. Déjà en quinze cent onze les Portugais avaient implanté leur bastion à cet endroit stratégique du détroit de Malacca. Ils cédèrent aux Hollandais puis les Anglais occuperont la ville. Avant l’indépendance de dix neuf cent cinquante sept les Japonais y viendront également. Quelques édifices coloniaux rénovés donnent au centre ville une allure de parc d’attraction. L’ancien quartier aujourd’hui peuplé en grande partie par les Chinois a conservé sa beauté. Je loge en son sein et découvre le charme de ses constructions d’antan. C’est depuis cette paisible ville que je m’apprête à quitter la péninsule occidentale malaisienne. Un bateau va m’emmener vers Sumatra et l’Indonésie où un tout autre monde m’attend… |