Australie, suite et FIN. Melbourne, la belle vie Les deux mois passés à Melbourne sont un pur ressourcement. Avec Ian chez qui je loge c'est la belle vie tous les jours. Sa maison est située dans un quartier paisible et sympa non loin du centre ville. Je ne tarde pas à me sentir chez moi ici, j'ai ma chambre à disposition avec ordinateur et tout le toutim. Ca ne peut pas mieux tomber, je veux justement me mettre à chercher un moyen de rester ici et travailler. L'atmosphère de Melbourne me ravi, malgré ses trois millions et demi d'habitants, j'ai l'impression de m'y déplacer comme dans un grand village. Le réseau de pistes cyclables n'est pas à blâmer, et le celui des transports publics bien développé. Grand amateur de randonnée, Ian me fait découvrir ses excursions favorites dans son Etat du Victoria. C'est l'été ici, vive la belle saison! Cette année, je passe les fêtes de fin d'année chez des amis à Ian. Des gens intéressants et cultivés, j'en apprends tellement sur ce pays fascinant et ses habitants. Et la cuisine est excellente, ils ont leur propre culture mais avec des racines européennes. J'imaginais les "Aussie" pire en matière d'art culinaire, mais je serai souvent surpris en bien. Un jour Ian m'a dit: " A Melbourne tu peux manger chaque jour de l'année dans un restaurant de cuisine différente telle la diversité ethnique est grande". Entre Noël, Nouvel-An, et l'anniversaire de Ian (il fête ses 60 ans), les repas de roi sont de rigueur! Désillusions Début 2009, je me plonge et me perds dans l'administration et régulation australienne pour trouver une voie qui me permettrait de rester légalement dans le pays. Mon problème c'est que je ne suis éligible pour aucun permis de travail. Il existe une centaine de sortes de visas d'immigrations et j'hésite à demander les services d'un bureau spécialisé dans le domaine. Finalement je renonce car, à mon avis, mes chances d'aboutir sont très limitées. Une des conditions sine qua non est d'avoir travaillé 12 mois les deux dernières années. C'est la règle du jeu, cette fois-ci j'ai perdu. C'est dommage car du travail dans ma branche il y en a et j'aurais trouvé quelque chose, quitte à aller travailler quelque temps perdu dans l'Outback, j'aime bien l'Outback! Méditation et feux de forêts En ce mois de janvier, c'est aussi le temps de l'Open d'Australie, Federer, Nadal et les autres sont là. Ian qui a des amis un peu partout me dégotte plusieurs billets. Une ambiance exceptionnelle. Mon amie Melissa qui voyage depuis six mois se trouve à Melbourne et est également de la partie. Ca fait une année exactement que l'on ne s'était pas revu, lorsque j'avais passé trois semaines chez sa famille aux Philippines. Avec elle je fais mon baptême d'hélicoptère pour un vol au-dessus des fameux douze Apôtres de la côte victorienne. Il reste encore quelques jours avant l'échéance du visa. J'en profite pour aller faire un petit séminaire de méditation de dix jours dans les collines au large de Melbourne. C'est toujours la même technique de méditation, mais c'est la première fois que je la pratique hors du continent asiatique et en tant que membre du staff de service. L'expérience est excellente, malgré des jours où le mercure monte à quarante-cinq degrés et un vent brûlant. Il n'en faut pas autant pour que la végétation s'embrase. Je ne suis pas rassuré, avec l'équipe de service nous veillons toute la nuit pour suivre les instructions envoyées par radio et surveiller si les feux prennent notre direction. On observe les flammes au loin, si ce vent chaud et sec tourne en quelques minutes nous serons la proie des flammes. Nous sommes épargnés, alors que plus de deux cents personnes périssent dans ce qui est le feu de forêts le plus dévastateur que l'Etat du Victoria ait connu. Je dois partir, mon temps ici est écoulé. Quoi faire maintenant? Rentrer? Ou tenter ma chance en Nouvelle-Zélande pour travailler peut-être? Les finances me permettent encore cette fuite plus à l'est. J'ai entendu tellement de bien de ce pays que ce serait dommage de ne pas y aller donner quelques coups de pédales... Chez les Kiwis en Nouvelle-Zélande Le passage à l’aéroport de Melbourne n’est pas des plus ludiques, c’est de nouveau Bouquette qui crée des problèmes, mais en général il suffit d’aligner les dollars et ça passe. J’atterris à Christchurch dans l’île du sud. Une bande de quarante personnes en provenance d’une base de l’Antartic vient d’atterrir également, ils ont capharnaüm invraisemblable. Après que les autorités d’immigration néo-zélandaises aient réglé mon cas, contrôle de la propreté du matériel pour les règles de quarantaine, confiscation de mes sprays au poivre etc…, je sors de l’aéroport après minuit. Quelle chance que Lynette soit là pour m’accueillir. Je ne la connais pas encore mais un copain qui avait séjourné chez elle lors de son séjour en Nouvelle-Zélande l’a prévenue de mon arrivée. Lynette et sa famille m’ont spontanément invité. Je suis très bien accueilli, très vite j’ai l’impression de faire partie de la famille. C’est qu’ils ont l’habitude d’avoir du monde de passage. Ca sent le retour Melissa mon amie que j’ai déjà rencontrée à Melbourne me précède dans mon parcours néo-zélandais. On se retrouve à Christchurch. Nous louons une voiture, hé oui, je commence à devenir flemmard ! Franchement je suis heureux d’aller explorer le sud sans effort. Même si je suis plus que reposé après plusieurs semaines sédentaires, la motivation qui - jusque-là m’a toujours fait aller de l’avant - me fait défaut. C’est marrant comme on ne contrôle rien, on fait des plans, on se projette, mais au final c’est quand même la nature qui décide indépendamment de ses attentes. Je m’écoute et réalise que c’est le moment de préparer le retour. Si je veux continuer sur d’autres continents il faudrait travailler ici, et ça non plus ça ne m’enthousiasme pas plus, c’est décidé, après la Nouvelle-Zélande j’amorce le retour. Difficile d’aller plus à l’est de toute façon. Quelque part le voyage c’est naturellement terminé à Melbourne, une page s’est tournée là-bas et l’échec de ne pas pouvoir y rester pour travailler a remis pas mal de choses en question. L’île du Sud C’est parti avec Mel pour découvrir les beautés de cette belle nature néo-zélandaise. Montagnes, lacs, fjords dessinent le relief du sud de l’île, on est dans la terre du milieu de J.R.R. Tolkien, où les fameuses trilogies du Seigneur des anneaux ont été tournées. Je me suis même remis à conduire! Au terme d’une belle semaine de vacances, nous nous séparons et je retourne chez Lynette et Kevin. Petit à petit je suis absorbé dans leur monde, pour quelques jours je vais leur donner un coup de mains dans leur travail, le moins que je puisse faire. La saison de rugby n’a pas encore commencé, c’est dommage car la famille Hill est grande supportrice des Crusaders, l’équipe locale ! Pour se consoler nous allons au stade pour un match de cricket, la Nouvelle-Zélande accueille l’Inde. Ici on aime le sport, les courses de chevaux, la bière, les barbecues et le spa dans le jardin. Pourquoi faudrait-il se compliquer la vie? Peu avant de me remettre en selle je reçois un message d’Annemarie, l’Allemande à vélo, nous avions fait route commune en Australie du Sud. Elle est à Christchurch également et doit se rendre dans le nord. Ca tombe bien moi aussi. J’essaie de la motivée pour me suivre dans un itinéraire à travers les Alpes. Quelques hésitations et elle accepte, après lui promettre que non, on ne fera pas des étapes quotidiennes de cent vingt kilomètres. Je suis content de ne pas avoir à faire cavalier seul pour une fois, à deux c’est plus récréatif et avec Annemarie on se connait. Nous avons une veine incroyable avec la météo, la pluie nous épargne dans notre traversée des Alpes. Les paysages sont à couper le souffle, le col aussi parfois. Je retrouve mes sensations. Découvrir le pays en deux roues et à la force du mollet ouvre d’autres dimensions qu’en voiture. Lorsque nous rejoignons la côte ouest, le changement climatique est très marqué. De ce côté-ci des Alpes il pleut presque tous les jours de l’année. Une dense forêt subtropicale tapisse les flancs des montagnes jusqu’à la mer. Nous longeons cette remarquable côte avant de remonter une rivière qui nous ramène au nord de l’île du sud. Cette rivière était riche en or, il y en a encore d’ailleurs. Un soir nous passons la nuit chez un chercheur d’or qui a aussi transformé sa maison en backpacker, l’endroit est si cosy que nous prolongeons l’expérience quelques jours. Picton, c’est la petite ville à l’extrême nord d’où partent les ferry pour Wellington. C’est là que je dis au revoir à Annemarie et embarque pour la capitale et l’île du Nord. L’île du Nord Wellington est une ville très agréable surtout quand on y arrive un jour de beau temps et sans vent, chose rare pour cette ville située au bord du Détroit de Cook. Maria et Sergio m’hébergent, des espagnols immigrés ici il y a quatre ans, je les avais rencontrés dans une taverne de Yogyakarta en Indonésie. La durée qui m’a été octroyée sur sol néo-zélandais est de trois mois et je compte bien les honorer. Il me reste encore la moitié du séjour. J’étudie plusieurs plans pour la suite, l’idée d’aller faire un saut sur les Iles Fidji me tente fort. Je me projette déjà de retour sous les soleils des tropiques passant quelques jours tranquilles avant de retourner en Europe. Mais au dernier moment je déchante, trop d’organisation, de va et vient et le prix non négligeable, même si très alléchant en cette saison des pluies et de tornades. Ca fait plus de deux ans et demi que je bourlingue, je n’ai pas travaillé et je peux encore envisager de me payer de pareils luxes. Je ne cache pas une certaine gêne parfois, quand je pense à tout ces gens rencontrés sur ma route qui eux travaillent pour pouvoir manger le lendemain. J’ai définitivement eu de la chance d’être né en Suisse. A la ferme Comme je ne suis plus d’humeur à forcer, je fais un bout de chemin en train jusqu’à la ville d’Hamilton. Très bel itinéraire. De là, je rejoins à vélo la ferme où vit une amie de ma tante. Je m’invite chez elle et son ami et leur propose de donner un coup de main sur le domaine. Carolien et Roger ont acheté cette ferme l’année dernière. Elle était en mauvais état et ils travaillent comme des fous pour rendre le domaine exploitable. Je passé pas mal de temps à la cuisine ce qui me ravi, sinon on refait les clôtures, on tond les moutons. Enfin… moi je balaie la laine et la mets dans les sacs car tondre un mouton ça ne s’improvise pas. Il faut voir à quelle vitesse ils exécutent les mouvements de tonte. Le troupeau compte mil têtes, même si on ne les tond pas tous en même temps il faut être expéditif. On déplace le troupeau d’un parc à l’autre, Bouquette est jalouse de me voir passer autant de temps auprès des moutons. Après deux semaines, il faut que je cède la place à d’autres visiteurs. Je pédale en direction de la presqu’île de Coromandel d’où un ferry m’emmène juste en face au coeur d’Auckland. Le centre de méditation Auckland, la ville de la voile est la plus grande du pays, construite dans une baie remarquable qui me rappelle celle de Sydney. Après deux jours de visite je me dirige plus au nord jusque dans un centre de méditation Vipassana. Je vais rester ici pour les quatre prochaines semaines. Le centre est superbe, construit au milieu d’une forêt luxuriante dans le bas d’une vallée, l’endroit est d’une sérénité absolue. Premièrement, je fais le service pour le premier cours de dix jours ensuite, le prochain cours je ne fais que méditer. Jour après jour je descends plus profond dans mon inconscient. Ca fait maintenant presque deux ans que j’ai découvert cette technique de méditation lors de mon passage en Inde. A chaque séminaire, je découvre d’autres vérités sur moi-même et la nature. J’ai de la peine à réaliser ce qui m’arrive parfois tel cet outil est puissant. Les choses deviennent si claires. Je ressors donc frais et léger de cette longue retraite et retourne dans l’agitation d’Auckland. Le retour se concrétise, je me dirige à vélo à l’aéroport la veille du départ pour envoyer Bouquette par freight, c’est le moyen le meilleur marché que j’ai trouvé pour la rapatrier. Enfin je crois car en fin de compte ça m’a coûté une fortune. J’ai été victime de l’incompétence professionnelle de certaines personnes. Malgré les multiples jours de méditation, c’est quelque chose que j’ai mil peines à encaisser. Le gars de l’agence était clair, le prix est proportionnel au poids avec une base de frais fixes. Très bien, mais il ne m’a pas parlé du volume et pour un vélo c’est beaucoup. En fin de compte Bouquette voyage aussi cher que moi pour Londres, je suis devant le fait accompli, j’essaie de digérer le sale coup tant bien que mal. Le retour se passe sans accro, Melbourne - Dubaï - Londres. Il m’a fallu grosso modo trente mois pour l’allée, il me faut trente heures pour le retour, sans commentaire. Voilà, plus qu’un millier de kilomètres et je serai de retour dans ma Suisse natale. Difficile d’exprimer les sentiments qui m’habitent, un peu tout, mais au fond de moi je suis content. |