Assouan - Khartoum: Entrée dans l’Afrique Noire

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Soudan - Khartoum
de David Clément, le 02-03-2007

Assouan - Khartoum: Entrée dans l’Afrique Noire

L’Afrique c’est autre chose
Mon séjour égyptien aura duré plus de six semaines. A peine le temps pour moi de me familiariser avec les us et coutumes locales, monnaies et autres qu’il est temps de passer à un nouvel environnement. Certes, le Soudan est un pays arabophone et islamique, rien de bien différent de son voisin du nord me direz-vous? Faux, ce pays trait d’union va me plonger dans un nouveau monde, celui de l’Afrique noire.

C’est pour ça que je voyage, casser les idées préconçues en allant voir par moi-même. Et le Soudan m’a donné un bon exemple. En poursuivant ma remontée du Nil, je pensais changer d’Etat sans vraiment changer d’ambiance. Je m’étais trompé, le Lac Nasser marque une franche séparation avec ce qui s’y passe en aval.

L’arche de Noé ?
J’embarque aux abords du haut barrage d’Assouan sur l’unique bateau hebdomadaire. Sur le quai le chaos organisé bat son plein, et je n’arrive pas à m’expliquer comment va-t-on charger toutes ces marchandises dans un si petit espace. Neuf heures seront nécessaires depuis la première étape administrative (il y en aura huit en tout, j’ai compté) jusqu’à la levée de l’encre. Pas de cabines bien sûr, les passagers se dénichent quelques centimètres carrés pour passer la nuit, entassés les uns sur les autres dans un vacarme de vieux moteur diesel, on vous sert le « foul » la potée soudanaise, haricots rouges écrasés baignant dans l’huile. A déconseiller aux estomacs fragiles. Le capitaine navigue à l’oeil, c’est juste moins facile en l’absence de lune.

Bouquette dans tous ses états
Les belles routes goudronnées d’Egypte deviennent vite plus qu’un lointain souvenir. Pas d’asphalte pour les cinq cents kilomètres à venir. De la piste, rien que de la piste, et pas des meilleures… Les ondulations créées par le passage des voitures rendent la progression laborieuse en vélo. Pourtant, le premier jour je m’élance à grandes démultipliées dans ce relief méchamment accidenté. C’était sans demander l’avis de Bouquette qui, en fin d’après-midi m’a fait clairement comprendre qu’elle en avait assez. Suite à de hautes contraintes répétées, sa jante arrière s’ouvre comme une boîte de conserve. Plus moyen de continuer. Depuis le départ matinal, pas plus de 5 voitures ont dû emprunter ce chemin. Avec Tom & Maik nous cherchons une solution mais la situation est précaire. Je ne sais encore comment mais j'ai réussi à dénicher une roue de secours dans le village frontalier soudanais. En remontant les rayons sur la roue arrière, une nouvelle tuile: cette fois c'est le tour du moyeu, il a éclaté comme du verre. Pourtant le matériel était de bonne qualité, mais trop c'est trop. Tom s'y connaît bien en bicyclettes, il fait des miracles en remontant la roue arrière avec deux rayons en moins et en corrigeant la roue avant. Je lui dois une fière chandelle, sans lui je n'aurais pas pu vivre cette extraordinaire étape jusqu'à la capitale.

Authentique Nubie
Après une partie purement désertique, les retrouvailles avec le majestueux Nil et sa vallée fertile sont un grand bonheur. Un lacet d'eau bleue bordé de palmiers et quelques rares parcelles cultivées puis c'est le désert à perte de vue. Un panorama simple mais qui m'émeut profondément. Depuis l'entrée au Soudan, quelque chose a changé, peut-être bien l'authenticité des lieux. L'inexistence de routes a préservé ces endroits de quelconques industries. Sans doutes, le paysage y est resté inchangé depuis des millénaires à l'image de ses habitants les Nubiens. Parlons-en de ces gens. Un peuple d'une amabilité et hospitalité de première classe. Un sens du respect de l'autre à nous donner quelques leçons, nous sauvages de l'Occident. Ils vivent au rythme de l'écoulement du Nil, le mot "vite" doit être absent du dictionnaire de la langue nubienne et c'est tout en leur honneur. Les hommes toujours bien sapés d'un djellaba blanc immaculé, les femmes vêtues de couleurs riches, intenses. La densité de population y est très basse, peu de villages, juste quelques hameaux de maisons faites à la main, soigneusement entretenues et sobrement décorées. Je me fais inviter à maintes reprises, pour partager le déjeuner sur la place du village, pour passer la nuit dans leur magnifique demeure ou simplement pour discuter. Il n'y a quasiment rien à acheter, la nature est donc épargnée des problèmes de déchets rencontrés partout ailleurs durant mon voyage. Cette nature préservée m'inspire beaucoup, et c'est automatiquement que le rythme de croisière ralenti. Si j'ai juré quelques fois sur cette piste impraticable à pousser mon vélo, je lui présente aujourd'hui mes excuses et lui dit merci.

Retour vers l'urbanisation
Le retour de l'asphalte coïncide avec celui de la population. Je traverse encore quelques villages animés avant de quitter les bords du Nil pour mieux les retrouver quatre cents kilomètres en amont à Khartoum, endroit où le Nil bleu et le Nil blanc se rencontrent pour ne former plus qu'un. Ici on commence à quitter la saison "froide" et je descends toujours plus vers le sud, les 40°C atteints sont là pour me le rappeler. Je vis dans la capitale depuis une dizaine de jours. A nouveau, démarches administratives de toutes sortes, formalités, visas, émission de radio et autres. L'ambassade de Suisse me réserve un excellent accueil et me soutient dans la réalisation de mon projet. Je dis au revoir à mes deux compagnons de route, Tom et Maik, devenu mes amis. Il faut maintenant remettre bouquette sur roues au plus vite, mon visa soudanais touchant lentement à sa fin. Mais les pièces de rechanges requises ne sont pas légion ici. Heureusement, on me présente à un Soudanais, féru de vélo qui m'offre des pièces et outils pour effectuer quelques réparations de fortune.

Erythrée?
Depuis plusieurs semaines déjà, je me demandais comment me rendre au Yémen sans devoir faire un aller-retour Ethiopie-Djibouti. A mon grand étonnement j'ai appris que le climat entre le Soudan et l'Erythrée s'était amélioré et que les frontières étaient ouvertes. Encore beaucoup d'inconnues sont à régler, mais faisons comme on a toujours fait, jetons-nous à l'eau et après ben… on verra, Inch allah !

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