Modernités, traditions, sourires et le King...

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Thaïlande - Satun
de David Clément, le 10-04-2008

Modernités, traditions, sourires et le King...

Adieu, pauvre Cambodge

Les aventures ou mésaventures chez les Khmers touchent à leur fin. Le dernier tronçon de route qui me sépare du pays voisin n’est pas le plus intéressant du voyage mais je l’apprécie en tant que tel ; il est une pièce utile au même titre que les autres dans le puzzle géant que forme ce tour du monde. Cette route poussiéreuse et défoncée reliant le site des ruines d’Angkor à la Thaïlande est en construction. Ca et là quelques kilomètres de bitume sont déjà terminés. Très bien, sauf que les chauffeurs (chauffards) cambodgiens ne sont pas encore habitués à un tel luxe. Pied au plancher dans leur pick-up pourri et exagérément surchargé, ils traversent les zones habitées. L’inévitable horreur se produit devant mes yeux, un jeune homme s’engageant sur la route avec sa mobylette n’était pas habitué à voir de tel bolide lancé à toute allure, il se le mange de plein fouet. L’impact est violent, l’homme est expédié, la moto déchiquetée. J’aborde la frontière thaïlandaise avec reconnaissance, comme un sentiment de délivrance…

Thaïlande

Entrée dans le Royaume

 

Quel contraste en passant la barrière ! Je sens qu’on va bien s’entendre ici, les vacances s’annoncent réjouissantes. J’entame les premiers kilomètres sur sol thaïlandais en direction de la côte maritime que je longe plus ou moins jusqu’à Bangkok. Le réseau routier est excellent et il n’y a plus de soucis à se faire en ce qui concerne les routes, qui sont en meilleur état que celles helvétiques, pourvues, même pour les secondaires, de pistes cyclables! Pas de soucis non plus pour refaire le plein en énergie, les rues regorgent de stands et gargotes aux délicieuses spécialités culinaires qui me mettent l’eau à la bouche. En plus c’est bon marché, même s’il ne faut pas oublier de multiplier le prix par deux ou trois, car vu les rations de mickey servies, un plat ne suffira pas. Et si la soif me guette, une pause dans un seven eleven (petit magasin alimentaire) sera la bienvenue. Je m’y désaltère et refroidis mon corps brûlant avec l’air conditionné à 17 degrés. Seule tache dans ce tableau sans faute, le nombre anormal de chiens. Au Cambodge et Laos ils les bouffaient, avec Bouquette nous étions tranquilles, mais là il faut être sur le qui-vive. Notons qu’ils font beaucoup de bruit mais sont chiards comme y a pas. J’essaie si possible de m’arrêter aux heures chaudes de la journée, mangeant dans un resto familial et m’invitant à squatter un de leur lit pour y poser un somme réparateur. Après tous ces mois de voyage, j’avoue avoir perdu certaines pudeurs. Au crépuscule, les moines m’accueillent aimablement dans l’enceinte du monastère où je passe la nuit. Un soir, à mon grand étonnement des locaux sont venus camper tout comme moi dans l’un d’entre eux. Ils étaient équipés d’un matériel de camping hi-tech et m’invitent à partager leurs bons plats épicés qui m’arrachent encore les larmes des yeux.

En se rapprochant de Bangkok, le trafic s’intensifie. Plusieurs villes de taille importante marquent ma route. Je fais escale à Pattaya sur la côte. J’avais déjà entendu parlé de cette ville dont la réputation de plus grand bordel du monde n’est plus à faire. Je me trouve une chambre au cœur de cette jungle de divertissement qui possède même un canal télévisuel. En toute honnêteté, je m’attendais à une ambiance encore plus malsaine, les gens viennent là pour s’éclater à découvert et se permettent les pires luxures, c’est tout…?!

Un peu plus d’une centaine de kilomètres me séparent de Bangkok. Déjà, le long de la route l’urbanisation est telle que les villes adjacentes à la capitale sont toutes reliées. Mais les cinq cent cinquante kilomètres en cinq jours pèsent lourdement dans mes jambes trop dures et ce matin je manquai un peu de jus pour affronter la jungle urbaine cette fois. Heureusement, l’unique train quotidien n’est pas encore passé par là, une aubaine pour entrer dans la capitale en douceur.

Séjour dans la Cité des anges

Troisième séjour en trois mois dans la cité. J’y ai posé quelques repères. C’est une grande ville bruyante à grand trafic, malgré ça, elle jouit d’un charme qui ne tarde pas à m’atteindre. Les gens sont éduqués, ils roulent "bien" et savent se servir raisonnablement du klaxon. Je suis invité chez Mathieu, un ami des cyclos Bretons avec qui j’avais partagé ma route durant plusieurs semaines. Il vit dans une charmante villa en bois située dans le centre d’une zone peu bruyante. Français, il vit ici depuis douze ans. Avec sa tête d’asiatique il passe pour un local, en plus il maîtrise la langue, nous évitons les arnaques à touristes classiques lorsqu’il sort avec nous. Il nous aide dans nos recherches de pièces à vélo. Ca tombe bien, Bouquette a besoin de nouvelles jantes et d’un pneu et puis mince, elle l’a bien mérité je lui offre un set de roues complet d’une nouvelle technologie. Elle apprécie le geste et, comme par enchantement, tous nos différends ont été ainsi réglés. Tu trouves tout à Bangkok! Mathieu est aux petits soins avec moi. Il me fait découvrir une facette supplémentaire de la ville. Excellents restos, vernissages d’expos, cinémas, fitness de luxe… bref, je me la raconte et, comble du tout, c’est lui qui régale! Je suis vraiment trop chanceux. Ce n’est pas la première fois que je suis l’heureux bénéficiaire de tels traitements de faveur et me questionne sur la légitimité de ce sort qu’est le mien. Car, même si mon moyen de transport est celui des pauvres, que mon budget est limité, que je côtoie la vie de gens démunis pour un certain laps de temps parfois, j’appartiens - que je le veuille ou non - à une certaine "classe" sociale. Jusqu’à présent, régulièrement, je peux m’évader de la précarité et à me taper une tranche de luxe. Les prolétaires que je côtoie régulièrement n’auront jamais cette chance.

Sud thaïlandais et paysages cartes postales

Côte est

Reposé et ressourcé, je quitte Bangkok pour le sud. Les quarante premiers kilomètres de sortie de ville sur autoroutes sont assez cauchemardesques, heureusement nous nous en sortons sain et sauf (Bouquette et moi). Au terme d’un jour de route, j’aborde une région qui est le fief des fameux marchés flottants, visite prisée des touristes - à juste titre - car admirables. Ces derniers arrivent de bon matin en bus de Bangkok et tous concentrés en son épicentre. Mais les canaux où commercent les indigènes représentent une grande superficie. Je m’aventure plus loin et passe de bons moments en partageant une soupe de nouilles ou un café avec l’habitant.

A la mi-journée, allant faire une pause dans un seven eleven pour me refroidir, je croise Félix. Jeune allemand, il vient d’arriver par avion. On se trouve nez à nez lorsqu’il descend du taxi avec son vélo. Il vient passer ces vacances à pédaler vers le sud. Le courant passe entre nous. Après qu’il ait récupéré les dernières vingt quatre heures de voyage, nous roulons ensemble. Le territoire thaïlandais est très étroit dans cette partie du pays vers le sud, alors qu’une seule grande route y mène. Nous sommes à l’époque de l’année la plus chaude et les insolations nous guettent. Nous évitons de rouler vers la mi-journée, nous nous reposons dans un parc, visitons les alentours à pied ou, tout simplement, en nous rafraîchissant dans un cybercafé climatisé si notre escale s’est faite dans une ville. Ce qui est bien à deux, c’est que le prix des chambres d’hôtel est divisé par deux aussi. Dans cette première partie sud, le tourisme est quasiment que thaïlandais et trouvons souvent un hôtel ou bungalow bon marché en bord de mer. Les locaux sont d’un accueil réjouissant. Toujours avec un sourire vrai, désintéressé. Ils aiment à discuter avec nous tout en respectant notre intimité. Le savoir-vivre des gens rend l’atmosphère agréable. Toujours prêts à se décarcasser pour nous aider. Je suis moins victime de mon statut de touriste, les prix sont en général affichés, sinon corrects. Nous rencontrons cette attention indépendamment du niveau social de la société thaï, où les différences entre riches et "pauvres" sont très prononcées. Tous vouent un amour inconditionnel au roi que l’on trouve absolument partout. Chaque maison, hôtel, restaurant possède sa galerie photos de la famille royale sans compter les affiches et statues publiques qui lui sont dédiées. Le roi figure sur tous les billets de banque et si vous allez au cinéma, il vous faudra vous lever pendant 1minute en regardant un clip en l’honneur du roi. En tant qu’occidental cette adoration me dérange, mais en Thaïlande ça reste assez inoffensif et plutôt bien attentionné. En début d’année, la sœur du roi est décédée, un deuil de cent jours que vous retrouvez jusque sur internet avec google par exemple sur fond noir. Si les Thaïlandais vouent un culte au roi, ils en vouent un autre à la blancheur de leur peau, les magasins et spots publicitaires foisonnent en crèmes blanchissantes. Alors que les touristes blancs font tout pour se brunir au maximum de leur pigmentation, il y a vraiment un truc qui ne tourne pas rond. A noter la popularité des fameux Ladyboy, (travesti) qui sont nombreux ici. Je ne pense pas qu’il y en ait plus qu’ailleurs, seulement que dans la culture thaïlandaise il semble accepter et même apprécier. Les hommes qui se sentent femmes ne rencontrent aucune barrière à s’afficher. Dans cette démonstration d’ouverture, prenons-en de la graine nous autres occidentaux!

Côte ouest

Nous laissons la côte est pour celle de l’ouest. La route est belle et légèrement vallonnée. Très verte, très tropicale. Les forêts naturelles, plantations d’hévéas pour le caoutchouc, palmiers pour l’huile. Plus proches de la côte, des plantations d’ananas et élevages de crevettes dans de grands bassins peu profonds. Nous longeons un bras de mer qui ressemble à une rivière et sa mangrove tout au long. Arrivé dans la ville de Ranong, capitale de l’Etat du même nom, je profite de la proximité du Myanmar pour aller faire prolonger mon visa. Il nous suffit d’embarquer sur un bateau qui nous emmène jusqu’à la ville frontière birmane. Là, une autorisation d’une journée sur son sol nous est octroyée pour dix dollars. Avec Félix nous passons quelques heures dans ses rues chaotiques. Nous sommes dans un autre monde ici, la pauvreté est pesante, me rappelant l’Inde tout comme le visage des gens. Dès notre retour sur sol thaïlandais, nous bénéficions d’un nouveau mois de séjour. Je peux ainsi poursuivre sans hâte jusqu’en Malaisie. Mathieu de Bangkok, à qui mon aventure à vélo faisait briller les yeux a décidé de nous rejoindre. Nous roulons dorénavant en trio. Grâce à son habilité à parler la langue, nous dégottons des bungalows isolés, connus de peu, dans des endroits déserts. Les changements topographiques engendrés par le tsunami de deux mil quatre sur cette côte ouest sont encore visibles et, depuis, nettement moins fréquentés par les Thaïlandais. Nous poursuivons vers le sud en traversant une petite chaîne de collines jusqu’aux abords de la mer d’Andaman. Le climat est lourd et dès ce jour, en fin de chaque après-midi, une puissante averse vient l’alléger un peu. Sur l’asphalte brûlant, l’eau s’évapore comme dans un bain turc. Nous rejoignons la ville de Krabi, ou plutôt une plage proche saturée par les touristes européens. La Thaïlande est un lieu connu de vacances au soleil, mais les touristes sont tous entassés dans les mêmes coins comme des bestiaux! Dans l’arrière pays et même sur la plupart des plages où nous avons fait escale, que très peux de blancs rencontrés. Ou alors des habitués avec qui nous apprenons beaucoup sur le pays.

Relax à Ko Lanta

Nous prenons le bateau pour l’île de Ko Lanta. C’est une île à population majoritairement musulmane et plus tranquille que les îles du golf de Thaïlande. Mais la multiplication d’hôtels depuis sa connexion au réseau électrique risque de la défigurer à jamais. Mathieu qui connaît du monde un peu partout, nous parle d’un ami qui est gérant d’un resort sur l’île. Nous nous y rendons. Le resort est superbe mais hors concours pour moi. C’est parlé trop vite car nous bénéficions d’un prix d’ami dans un bungalow à trois. L’ambiance est relax, j’y fait de plaisantes rencontres. A commencer par le gérant qui est un fou d’aventures et voyages, rentré en France en touk-touk (voir taxi à trois roues), il projette de faire de même avec un bateau de pêcheurs en longeant les côtes jusqu’à Monaco. Le projet suivant sera un tour du monde en solex… J’aurai de la peine à m’arracher de ce petit coin de paradis. Avec Mathieu on se dit au revoir, Félix continue encore pour quelques étapes.

 

Je retrouve mon statut de vieux loup solitaire. En gardant dans le cœur ces centaines de sourires, de belles attentions de locaux à mon égard, mes compagnons de route et la bonne bouffe, je quitte ce beau pays qui m’a accueilli deux mois durant.

Malaisie, je suis à toi

Me voilà proche de la Malaisie, m’apprêtant à passer la frontière au petit poste de Thaleban. Nom moyennement rassurant quand on sait que le sud du pays est quelque peu agité par des rebelles, pourvu que je passe la frontière … sans Malaises…

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Commentaires sur cet article
stephanie&olivier
Salut David !
on a aussi eu bcp de plaisir a discuter avec toi durant ces qques jours de farniente au Relax Bay et maintenant c'est vraiment genial de pouvoir suivre tes aventures ! De retour en Suisse, on aura encore un peu l'impression de voyager a travers toi...
On est en Malaisie egalement, sur les iles Perhentian, superbes comme tu peux l'imaginer, on se la joue nettement moins sport que toi, lecture, snorkelling et bronzette au programme ! Retour en Suisse le 3 mai, on y pense pas trop, on vit le moment present...
J'espere vraiment qu'on aura l'occasion de se revoir en Suisse ou ailleurs.
Prends soin de toi et de bouquette et surtout "be aware"...
Bises
Stephanie

...on a meme eu des news d alex, on va absolument se faire une fondue a ton retour en 2017...
trop cool de te lire, t es vraiment fortiche de comment tu t exprimes toi!!!
courage pour la suite, on est avec toi
METADARMA.... beez O.
 

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