Le Détroit de Lombok qui sépare l’île du même nom avec celle de Bali est relativement étroit mais plus de cinq heures seront tout de même nécessaires pour en faire la traversée. Le ferry rongé et poussif est utilisé jusqu’au sombrage, pourvu que ça ne soit pas son jour… Nusa tenggara Lombok Légèrement plus petite que sa voisine Bali, Lombok regorge de sites d’intérêt. Le tourisme de masse est réduit à certaines zones situées dans le Lonely planet (Bible du globe-trotter moyen. L’authenticité on en trouve encore, merci à mon mode de transport ! La végétation est toujours abondante, mais plus sèche. Ile volcanique, un haut volcan domine toutes les terres. Les musulmans sont la majorité, mais l’indouisme n’est pas mort non plus. Beaucoup de villages traditionnels encore, les anciens ont gardé leur croyance animiste, les jeunes sont devenus musulmans.Après avoir traversé la capitale de l’île Mataram où j’assiste, en passant, à une cérémonie hindoue, j’atteins le village de vacances de Senggigi. C’est le plus ancien de l’île, j’en profite pour me renseigner auprès d’agences de voyage pour organiser la suite de mon avancée vers l’est de l’archipel. J’y fais aussi quelques réserves de nourriture et autres achats car j’ai décidé de faire l’ascension du Mont Rinjani. Village Sasak La route le long de la côte est belle, l’atmosphère agréable, de plus la santé va bien. Cette région n’est que peu développée, beaucoup de petits villages, marchés pittoresques et un accueil très chaleureux. Je repère sur ma carte bien détaillée, un village traditionnel que je me propose de visiter. Très vite, ses habitants comprennent que j’aimerais bien y passer la nuit et naturellement ils me le proposent. Les maisons ou plutôt huttes sont construites essentiellement en bambou tressé et toits de chaume. Le sol est en terre battue et quotidiennement balayé, le village m’étonne de par sa propreté. Quelle aubaine, dans un village voisin à quelques minutes de marche d’ici, un mariage a lieu. Je m’y rends avec une petite délégation du village pas peu fiers eux, tout comme moi d’ailleurs. Arrivé à la cérémonie, bien malgré moi je vole la vedette aux deux mariés ; tous les villageois m’encerclent et scrutent cet homme anormalement grand, tout blanc et avec un long nez. Pour l’occasion ils ont tué trois vaches, je me joins au banquet et comme un peu partout dans le monde, en signe de bienvenue, on me fait boire “cul sec” moult verres d’arak, l’alcool local. Dans la soirée, une autre fête regroupant toute la région prend place au niveau de la route principale ou l’électricité arrive encore. On y joue de la musique traditionnelle, proche de celle de Bali mais en beaucoup plus modeste, en beaucoup plus authentique aussi, tout comme la danse barong, magnifique danse théâtrale de la culture hindoue. Mais le spectacle se fait retarder, surtout avec les multiples coupures d’électricité et une organisation inexistante. J’accuse un coup de fatigue qui ne passe pas, probablement l’excès d’arak. De retour au village, on dort tous ensemble à un mètre du sol sur un grand lit de bambou couvert d’un toit de paille. Mont Rinjani Difficile de passer à côté de ce beau cône volcanique sans succomber à la force invisible qui m’incite à le gravir. Dans un premier temps, je veux faire la randonnée qui mène à son sommet en solitaire. Mais nous sommes dans une réserve et l’accès n’y est autorisé qu’en compagnie d’un guide. Ma version serait plutôt que les villageois se sont regroupés en cartel pour y faire un business fructueux, chose que je peux comprendre ! J’arrive tout de même à trouver une option qui convient très bien à mon budget. Je loue les services d’un porteur, avec à la clé le feux vert pour entrer dans le parc. Il nous faut trois jours pour arriver à son sommet. Cette randonnée est d’une beauté remarquable. Nous arrivons sur une arête du cratère, à l’intérieur de ce dernier un autre plus petit s’est formé, il a refait éruption il y a quelques années seulement. Nous descendons dormir en son sein pour la première nuit. Des sources d’eau chaude archaïques sont à quelques pas de là pour se relaxer, en fait elles sont déjà squattées par les autochtones. Nous sommes en haute saison, propice à l’ascension de cette montagne, plusieurs groupes de randonneurs étrangers sont présents. J’y fais de belles rencontres, une ambiance positive nous uni dans cette excursion. Arrivé au sommet à trois mil sept cents mètres d’altitude, la vue est splendide, offrant un panorama de l’île à trois cent soixante degrés. De retour au village ou Bouquette m’attend, je me prends un jour de pause et fais le décompte des jours qu’ils me restent sur sol indonésien. J’espère quitter le pays vers le Timor Oriental et bon nombre d’options pour s’y rendre s’offrent à moi. Mais, pour l’instant, il faut foncer et je ne me sens pas vraiment d’attaque, j’aimerais plutôt prendre mon temps. Comme souvent, dans une situation qui semble sans issue, une alternative sympa fait apparition. Un petit bateau à voiles et moteur fait pour les touristes relie Labuhan Lombok tout à l’est de l’île jusqu’à Labuhan Bajo sur l’île de Flores. Je réserve une place sur le bateau et poursuis la découverte de l’île. Sur cette route comme toutes les autres d’Indonésie, on me sourit beaucoup et je m’arrête fréquemment pour papoter un peu. Par contre, lorsque que je croise une femme en tchador, voilée de noir des pieds à la tête, j’ai envie de pleurer. Cet islam dicté par des centres d’enseignement islamiques à la mode saoudite-arabique ne leur convient pas du tout. Il faudrait peut être leur rappeler que le plus grand pays musulman ne se situe pas au Moyen-Orient mais bien ici en Indonésie, qui a su développer sa religion en harmonie avec sa culture.Arrivé à la petite ville de Labuhan Lombok, un peu perdu à chercher un petit hôtel dans cette bourgade, une fois de plus l’habitant m’invite pour une pension complète. Je découvre le quotidien de ces gens aux moyens simples, accompagnant la maman au marché local par exemple, j’en apprends un peu plus sur leur quotidien. Balade en mer et mal de mer C’est parti pour quatre jours et quatre nuits de bateau. A bord, trois hommes d’équipage, une dizaine de touristes, Canadiens, Belges, Hollandais et, à mon grand plaisir, 3 filles de Suisse romande. Bouquette ne passe pas dans la cale, elle reste sur le pont. C’est un bateau en bois d’une douzaine de mètres de long. Une petite voile aide de temps à autre le moteur poussif. Quelle sensation agréable de se retrouver tranquille en pleine mer, mais c’était conclure un peu trop vite…Dans cette région du globe aux multiples mers intérieures et détroits, de forts courants marins se créent. Ils donnent naissance à une mer houleuse que David, en bon Suisse ne supporte pas bien. Je passe la première nuit sur le pont, la tête hors du bateau à admirer le plancton luisant au contact de la coque du bateau, mais surtout à leur vomir dessus jusqu’à la bile. Moi qui pensais me reposer sur ce bateau, quelle erreur! Je lutte comme un beau diable contre ce mal qui me transforme en mollusque. Malgré ça, j’arrive à apprécier cette belle croisière d’île en île et les séances de snorkeling dont les sites sont réputés parmi les plus beaux du monde. Le trio suisse avec qui le courant passe à merveille me donne le jus qui fait défaut dans mon organisme. Pour ma deuxième nuit, quelques comprimés de Primperan® apaisent les douleurs au niveau de l’estomac, par contre la douleur s’est déplacée plus bas, se transformant en coliques insupportables pour finir en crise de diarrhée. Les dragons de Komodo Nous arrivons à proximité des îles de Komodo et Rinca, deux îles de taille moyenne coincées entre deux détroits. Au premier abord, ces îles ressemblent toutes à leurs voisines, nettement plus arides que les îles de la Sonde de l’ouest. Mais elles recèlent un unique trésor: les dragons de Komodo. Il s’agit de varans, d’énormes reptiles carnivores mesurant deux à trois mètres de long. L’île de Rinca offre les meilleures chances d’admirer ces animaux préhistoriques. Pas manqué, nous en verrons une dizaine. Ils ne craignent pas l’homme mais une distance de trois mètres minimum doit être respectée. Impossible d’anticiper les intentions de ces monstres et une morsure est fatale si pas soignée. Pour se nourrir, ils mordent un buffle, le suivent pendant quelques jours avant que la bête s’effondre en succombant à un empoisonnement du sang. Un vieux rêve que de côtoyer ces animaux, un moment fort pour moi, j’ai toujours une pensée pour mon papa lorsque je découvre la faune de notre planète. Flores Sauve qui peut! Nous accostons à Labuhan Bajo, grand village de l’île de Flores. L’Indonésie avec ses milliers d’îles est un pays atypique. Tant de cultures et de paysages différents, renforcés encore par la difficulté de communication entre elles. Plus on avance vers l’est, plus on se sent perdu et isolé. Mon visa est valide pour dix jours encore, longue période apparemment, mais pourtant les choses vont se corser. Je me mets à étudier les possibilités qui s’offrent à moi pour quitter l’archipel en bonne et due forme. Les quelques agences de Labuhan Bajo m’aident à leur façon, mais je comprends vite qu’ici ça fonctionne différemment. La mentalité est toute autre, impossible d’obtenir des informations précises, j’entends tout et n’importe quoi. Horaires de bus ou ferry sont plus qu’aléatoires et incertains. Trouver une connexion Internet qui fonctionne plus de dix minutes consécutives relève de l’utopie. L’option que je retiens est la suivante : aller voir par moi-même dans un petit village d’où part habituellement le ferry pour l’île du Timor. Depuis là, par la route je quitterai l’Indonésie. Il y a des vols qui relient l’Australie au Timor Oriental, de petits avions dans lesquels je ne suis pas sûr que Bouquette sera la bienvenue, au pire, il me reste l’option bateau-cargo pour elle et vol pour moi.Le côté positif de ce genre de pays ou région, c’est que tout est possible mais rien n’est certain. J’arrive à attraper un bus qui me conduira jusqu’au débarcadère du ferry qui devrait m’emmener vers le Timor. La route qui traverse l’île est très belle et pittoresque certes, incroyablement vallonnée, sinueuse aussi. Si je m’y étais aventuré à bicyclette il m’aurait fallu une semaine pour faire cents kilomètres. Dans le bus bondé - les Floressiens supportent le bus aussi bien que moi le bateau - ça vomi de partout. Arrivé à bon port, on m’informe que le bateau hebdomadaire part le samedi. Zut ! On est dimanche et il m’est juste passé sous le nez. En fait, pas vraiment car le dernier a été annulé pour cause de mer trop agitée. Il me reste une semaine à “tuer” dans la région. Je prends mon mal en patience et vais faire une visite jusqu’au site remarquable de Kelimutu, trois volcans juxtaposés, dont les cratères contiennent chacun un lac d’une couleur différente. Sur le chemin du retour, se trouvent des villages aux traditions séculaires, très typiques voire folkloriques. Je tue le temps en m’entretenant avec ces autochtones qui appréhendent le monde très différemment, tout particulièrement en ce qui concerne la notion de temps. Le gène du stress ne doit pas intégrer leur ADN. Flores – Timor : La longue traversée Ca y est, l’heure approximative du ferry pour le Timor de l’ouest approche. Il n’est pas annulé c’est déjà ça. On y charge sans compter, un vrai zoo. Au niveau zéro, les gens s’entassent sur les montagnes de sacs de riz qui ont pris forme entre les quelques voitures et camions. Je ne trouve pas d’endroit pour Bouquette qui reste coincée juste derrière le pont-levis avec les poulets et les porcs. Les hautes vagues viennent éclabousser l’avant du pont, l’eau s’infiltre, les fientes des animaux se repartissent sur le pont. Bouquette se fait asperger d’eau salée, pire supplice pour elle. Au premier étage, plus un centimètre carré de surface disponible. Tout le monde est vautré par terre, les uns sur les autres. On me fait une place dans les deuxièmes classes, je m’étale de tout mon long comme tout le monde. La traversée dure vingt huit heures, au port de Kupang à l’arrivée, les gens du niveau zéro ont des têtes de zombie. On compte des morts parmis les poulets. Dix kilomètres me séparent de la ville de Kupang juste de quoi me dérouiller les jambes, Bouquette est bien rouillée aussi. Nous sommes le dix-sept août, jour de la fête de l’indépendance, après-demain mon visa sera échu. J’aurais bien flâné un peu plus longtemps ici mais je dois déguerpir au plus vite. Un bus m’emmène jusqu’à l’est peu avant la frontière. J’y passe ma dernière nuit indonésienne et rêve de tous ces extraordinaires moments passés sur ces terres. Du vert et tropical Sumatra à l’aride Timor en longeant les îles de la Sonde, je n’oublierai pas ces Indonésiens-iennes qui m’ont admirablement accueilli, toutes ces sincères amitiés créées avec eux ou avec les voyageurs. Le Timor Oriental Heureux de « repédaler » un peu, j’entre dans ce nouveau petit pays qui a obtenu son indépendance en 2002. Pays en tête de liste des pays les plus pauvres au monde, le développement industriel y est inexistant. Le long de la route pour Dili, la capitale, très peu de maisons en dur, que des huttes en bois et bambou. Dans les villages qui possédaient quelques édifices et monuments, ces derniers ont été détruits en 1999 lors des affrontements pour l’indépendance. Il me faut batailler dur pour trouver de quoi me restaurer à midi, par contre pour l’hergement c’est facile. C’est bien connu, plus pauvre est la population, plus grande est l’hospitalité. Ils m’hébergent et m’offrent un copieux repas en refusant tout dédommagement. Quelle douceur se dégage de cette grande famille, pourtant les atrocités de la guerre ne sont pas bien loin. Le climat change totalement lors de l’entrée dans Dili, la capitale. La présence étrangère, spécialement celle de l’ONU y est grande dans ce pays encore très instable. La police onusienne patrouille en voiture, les militaires patrouillent dans les rues. On aperçoit encore quelques camps de réfugiés sous tente. Mais l’atmosphère y est tout de même très agréable, je m’y sens bien, rencontre évidemment beaucoup d’occidentaux, faisant du commerce ici ou travaillant pour des ONG. L’effet pervers de tout ce monde occidental créé deux mondes parallèles dans la ville. Les produits entièrement importés et les services sont insolemment chers. Je me dégotte un lit en dortoir dans l’unique hôtel abordable de la ville. A mon grand plaisir, je rencontre Olivier, un Suisse romand établi à Bangkok avec sa famille mais étant en mission au Timor oriental. L’entente est parfaite, il s’occupe de moi comme un chef. Photographes en herbe, nous nous faisons quelques excursions sympas sur les terres timoraises faisant la chasse aux clichés à la National Geographic©. Nous nous égarons dans les montagnes, découvrant des bourgades d’une pauvreté crasse, un monde rural où les marchés me rappellent ceux des Andes de l’Amérique du sud. La grande influence portugaise a laissé beaucoup de sang latin au sein de la population, d’ailleurs la langue portugaise est encore très répandue, mais la langue officielle est le tetum.Ma prochaine destination est l’Australie. Je m’apprête à changer de monde et de continent. Pour ça il me faut tout d’abord goûter à nouveau à la joie des longues et onéreuses procédures de visa. A l’ambassade, je fais la demande pour un séjour de six mois. Je jongle pour trouver les documents requis, lettres d’invitations, radiographie des poumons, etc.… Le montant s’élève déjà à cent cinquante dollars, mais ça fait aussi partie du budget du voyageur. Australie, on change de continent Le visa australien en poche, le vol pour Darwin réservé, le pays des kangourous n’est plus qu’ à deux pas, ou plutôt deux heures de vols. Pourvu qu’ils n’enquiquinent pas trop Bouquette a l’aéroport… |